mer 9 jan 2008
Thèse: L'Altermondialisme à l'assaut de la mondialisation. Regard critique
Par Abbé Louis Mpala in Mondialisation et Altermondialisme← Euthanasie, pour ou contre ? Approche philosophique | Bioéthique biblique →
Ce livre est la publication de la deuxième partie de notre thèse de doctorat en philosophie.
PREFACE
Sans fin l’horloge de l’histoire se balance allant de droite à gauche, de gauche à droite en passant par le milieu, sans s’arrêter quelque part. La dialectique continue sa marche inexorable, se posant comme thèse, antithèse et se transcendant dans une synthèse qui devient à son tour thèse. Et la roue de l’histoire tourne !
La dynamique de la pensée, de la pratique et de la praxis humaines exige la remise en question permanente, la contestation continuelle, car le contingent est susceptible de perfectionnement.
Les idées-forces, celles qui deviennent des idéologies, surgissent comme des gouttes d’eau qui deviennent une source jaillissante, puis grossissent en rivière, en fleuve dont les flots ont la force de balayer tout sur leur passage. Telle est la puissance de l’idée, une fois engendrée elle mène sa vie propre, se renforce, grandit, survit même au cerveau qui l’a faite naître, puis décline et subit la loi de l’entropie.
Chaque idéologie se rattache à une réalité ou articule plusieurs éléments du réel : l’individu, la société, la nature, le capital, etc. Le libéralisme met l’accent sur la liberté de l’individu, sur sa capacité d’initiative, sa créativité, la force de sa volonté, sa combativité. Le socialisme valorise l’autorité de l’Etat, la justice sociale. L’écologisme se préoccupe de la préservation de l’environnement, de la conservation de la Nature et de la vie dans toutes ses formes. Le capitalisme donne la primauté au capital sur le travail, dans la production de la richesse, etc.
Lorsque la liberté humaine s’absolutise, la vie communautaire devient impossible. Chacun fait ce qu’il veut, c’est l’anarchie, le combat de chacun contre tous, qui transforme la société en une jingle où « homo homini lupus », l’homme devient un loup pour l’autre homme. Lorsque l’autorité écrase la liberté, comme ce fut le cas dans les régimes communistes, elle se prive du pouvoir de créativité, de combativité et de dynamisme que déploie l’individu lorsqu’il travaille dans la liberté. La faillite économique du communisme trouve sa cause surtout dans cette suppression de la liberté.
Le réductionnisme libéraliste supprime l’Etat, le holisme socialiste le rend inefficace et néfaste. La vérité n’est pas dans les extrêmes. « Μηςεν λγαν » disaient les grecs. Rien de trop, il faut garder la mesure !
La liberté se supprime lorsqu’elle s’absolutise, l’autorité se suicide quand elle devient dictature. La vérité est dans la dialectique qui met en dialogue l’autorité et la liberté. L’autorité devient capable de respecter et de promouvoir la liberté. Elle devient autorité-service et non plus autorité dominatrice. Une liberté véritable est celle qui respecte les autres libertés et accepte l’autorité. Connectée à d’autres libertés, formant ainsi un cerveau collectif, la liberté acquiert une grande puissance de création et d’action lui permettant de réaliser de grandes choses et de laisser sa trace dans l’histoire.
Poussé par l’appât du gain et servi par les progrès de la techno-science, le capitaliste s’est jeté dans l’exploitation anarchique des ressources naturelles, sans se soucier des perturbations que cela pouvait causer sur l’écologie et la biodiversité. L’industrie a amené de la richesse, mais, revers de la médaille, aussi la pollution de l’air et des eaux et l’effet de serre autour de notre planète, perturbant les saisons, provoquant le réchauffement de la terre, les tempêtes et orages, les inondations, etc. Comme un apprenti sorcier, l’homme est en train de scier la branche sur laquelle il est assis ! En mettant en danger la vie sur notre planète et la vie de notre planète, le capitalisme menace la vie même de l’homme. C’est contre cela que s’insurge le mouvement écologique.
Selon Albert Michel, le capitalisme, bien que préparé de longue date et plongeant ses racines tant dans « ORA ET LABORA » des monastères du Moyen-âge qui éduquèrent l’homme à l’amour du travail, aux banquiers de la Renaissance qui formèrent le capital, à la reforme protestante qui insistèrent sur l’épargne et l’investissement du surplus dans la création des entreprises au profit des pauvres, le capitalisme naît officiellement en 1791, pendant la Révolution Française lorsque les députés votent une loi abrogeant le monopole des Rois sur le commerce internationaux. Désormais, chacun était libre de se lancer dans le commerce triangulaire qui a fait la richesse des monarques, et devenir à l’intérieur de son pays propriétaire des richesses du sol et du sous-sol. Le capitalisme est né comme une révolution contre l’Etat, une victoire de la liberté sur l’autorité.
Mais, petit à petit, le libéralisme va devenir exploitation de l’homme par l’homme. Poussés par l’appât du gain, les capitalistes vont réduire les autres en esclavage et les plonger dans la misère. Les ouvriers, les femmes et même les enfants sont exploités sans vergogne. La conscience de l’humanité gronde ; des voix s’élèvent pour dénoncer la propriété privée et le libéralisme tant politique qu’économique. Les socialistes clament la primauté de l’Etat sur l’individu, de l’autorité sur la liberté. L’Etat, garant de la justice sociale, doit encadrer l’économie voire même devenir le seul détenteur des moyens de production.
En 1891, les idées socialistes ont fait du chemin. Tout le monde accepte le rôle régulateur de l’Etat dans le marché. Il est le garant de la justice distributive et de la sécurité sociale. Monsieur l’Abbé Mpala, qui a beaucoup étudié le Marxisme avant de se pencher sur l’Altermondialisme, analyse avec pertinence la critique marxiste du libéralisme ainsi que le keynésianisme. Ces deux réactions contre le capitalisme proposent des alternatives. L’extrémisme socialiste qui se concrétisera dans le communisme impose un holisme politique et économique à planification dirigiste où l’Etat devient seul propriétaire des moyens de production. La propriété privée est abrogée, considérée comme un vol. Mais le « Grand soir » promis par le socialisme vire au cauchemar. Persécution, arrestations arbitraires, tortures, camps de concentration, asiles psychiatriques étouffent toute liberté et toute créativité. L’économie socialiste, loin de faire des bonds espérés, plonge dans l’atavisme et le marasme, faute du dynamisme et de gestion saines, propres au secteur privé. L’empire soviétique craquelle et M. Gorbatchev n’aura qu’à faire le constat dans son « Perestroïka ». Il déplore l’atavisme et l’attentisme du peuple soviétique et propose des réformes. Mais l’empire s’écroule, entraînant l’auteur des réformes. L’autorité sans liberté ne peut qu’engendrer un Léviathan, un monde monstrueux.
Poussés par les idées keynésiennes, les pays occidentaux vont plutôt opérer des réformes. L’Etat encadre l’économie. Par les impôts sur revenus et des taxes multiples, il opère la redistribution des richesses. Par le système de sécurité sociale et des lois pour rendre le travail plus humaines, l’Etat protège le travailleur. L’allocation au chômage illustre le droit de chaque citoyen au travail. Mais le système n’est pas parfait. Les hausses de salaires continuelles, les impôts toujours plus élevés étranglent les opérateurs économiques, qui petit à petit vont grogner contre l’Etat-Providence et réclamer plus de marché, moins d’impôts, moins d’Etat.
Si Albert Michel place en 1991 l’avènement du capitalisme à la place de l’Etat, la Révolution néolibérale trouve son origine dans la doctrine économique de F.A. von Hayek et de la société du Mont Pelérin en 1947. Cette idéologie est l’ennemie jurée du keynésianisme. Il combat les mesures de solidarité imposées par l’Etat-Providence pour préparer les fondements d’un autre type de capitalisme dur et pur, libéré de toute règle, où seules les lois du Marché feraient l’histoire.
Mais pendant les trois décennies, de 1945-1975, appelées les « Trente glorieuses » où triomphait l’Etat-Providence qui diminuait le bénéfice des gagnants au profit des perdants, mettait en pratique des projets de développements locaux, défendait l’industrie locale, régulait le flux des capitaux et considérait la justice sociale et la fiscalité comme critères de progrès social, les idées de Hayek et de la société du Mont Pelérin furent enfermées dans les oubliettes, attendant le moment favorable pour faire surface. L’occasion vint avec le choc pétrolier et la grande crise de 1974. F.A. von Hayek et ses compagnons accusèrent les syndicats et le mouvement ouvrier d’être la cause de la crise. Leurs idées gagnèrent du terrain.
Selon le néolibéralisme, le marché est le seul maître, la seule instance de régulation politique et sociale, la seule source du bonheur et non l’Etat. La richesse est placée au-dessus de l’homme et de la vie. L’Etat encourage la paresse par la sécurité sociale au lieu de stimuler l’initiative privée, estimée valorisante pour la personne humaine. Par l’impôt, la justice sociale et la fiscalité, l’Etat décourage les audacieux. Donc il faut déréglementer, faire reculer l’Etat, réduire son champ de compétences et surtout le mettre au service des investissements privés. Il lui est reconnu seulement un rôle de répression contre les syndicats et de contrôle de l’évolution des flux monétaires. L’Etat doit s’abstenir des dépenses sociales, d’interventions économiques et restaurer un taux naturel de chômage pour affaiblir les syndicats. Les réformes fiscales doivent être introduites pour réduire les impôts sur les revenus les plus élevés et les produits des sociétés pour inciter à épargner et à investir.
Mais c’est avec l’arrivée de Margaret Thatcher en 1979 et celle de Ronald Reagan en 1980 que sont officiellement appliquées les idées néolibérales. Le triomphe de ce modèle engendrera la mondialisation néolibérale.
Alors qu’entre les deux guerres mondiales le Président F. Roosevelt fut gagné par les idées keynésiennes et qu’en 1945 les Institutions de Bretton Woods furent constituées dans cette philosophie et le plan Marshall exécuté dans cet esprit, une véritable conversion épistémologique s’est emparée de l’Amérique de Reagan, de la Grande Bretagne de Margaret Thatcher et des institutions internationales, installées sur le sol américains pour la plupart. Leurs alliés européens, asiatiques et africains n’osent manifester une résistance. C’est ainsi que les gouvernements, les transnationales et les institutions mondiales deviennent des instruments au service de la mondialisation néolibérale, qui impose aux pays du Sud des réformes structurelles, des disciplines budgétaires, des réformes fiscales, des redéfinitions des priorités en matières des dépenses publiques, des libéralisations des taux d’intérêts, du commerce et des investissements étrangers, des taux de change compétitif, des privatisations, des déréglementations, les droits de propriété pour les transnationales au détriment des premiers occupants.
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, en transformant le monde en village planétaire, jouent un grand rôle dans la mondialisation. Celle-ci articule plusieurs interdépendances quant à la production, aux échanges, au commerce et aux marchés financiers.
Dans la production, il y a disparition des frontières géographiques et abaissement des barrières tarifaires. Mues par la logique du profit maximal, les transnationales opèrent des délocalisations. Concernant les échanges et le commerce il y a une intégration mondiale facilitée par des changements politiques visant à promouvoir l’efficacité économique et l’instauration de la libéralisation et de la déréglementation des marchés nationaux, le désengagement de l’Etat de plusieurs activités économiques, la restauration de l’Etat-Providence et les innovations technologiques.
La première guerre du Golf, baptisée « Tempête du désert » en 1991, en pleine période de l’implosion soviétique, instaure un ordre mondial nouveau où les Etats-Unis deviennent les maîtres incontestés de la Planète. Mais comme jadis Rome après la chute de Carthage, l’Empire américain (et alliés) doit se créer un ennemi fictif qui lui permet de survivre, les nouveaux barbares du Sud, qu’il faut contenir chez eux par une politique stricte de l’immigration. Comme jadis, les barbares sont divisés en trois zones : les limitrophes à l’égard de qui on applique la politique du bâton et de la carotte, les réserves des matières premières surveillées étroitement par les satellites de l’empire et la zone des ombres abandonnée à la misère et à la mort. La mondialisation, c’est le droit que s’octroient les maîtres du monde de piller les richesses de la Planète, écrasant la vie des millions des personnes.
C’est dans ce contexte qu’il faut situer les deux guerres du Congo qui ont fait quatre millions de morts et plus de dix millions d’infestés de SIDA. Il était question de prendre les matières premières du pays, dont le coltan indispensable dans la télécommunication, pour la construction de la station spatiale internationale qui devait remplacer la station soviétique MIR, devenue obsolète. Le maître d’œuvre de cette entreprise macabre faut une transnationale qui armera trois pays voisins pour envahir le Congo sous des prétextes politiques fallacieux de chasser un dictateur…
Mais heureusement, comme il fallait s’y attendre, l’humanité a en elle des réserves d’énergies qui lui permettent de réagir pour mettre la pendule à l’heure. Ici c’est le mouvement altermondialiste.
L’Auteur de ce livre, grâce à l’Internet, a suivi de près les Forums sociaux Mondiaux (FSM). Avec pertinence et efficacité, il en a dégagé l’idéologie, montré sa fécondité et ses limites.
L’altermondialisme se présente comme une idéologie de la complexité, au sens d’Edgar Morin. Elle lutte pour la liberté de l’individu, les droits des l’Homme et des peuples, l’autorité de l’Etat qui doit assurer la justice et la protection sociales, la conservation de la nature, source de toute vie. Plutôt que de les séparer, l’Altermondialisme, dans une logique d’inclusion, articule, l’Homme, la société et la Nature.
Au slogan de Margaret Thatcher « There is not alternatif » (TINA), « Il n’y a pas d’alternative au néolibéralisme », l’Altermondialisme oppose un autre slogan « Un autre monde est possible », un monde où les droits de l’homme et le souci de la vie seraient au-dessus du grand marché mondial unique, intégré et autorégulateur. Le néolibéralisme a trouvé des ressorts pour relancer la croissance économique, mais il ne se soucie pas de distribuer équitablement ses fruits. Cette croissance économique aggrave la fracture sociale entre les riches et les pauvres. Elle s’accompagne de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire, de la perte de l’emploi et de la sécurité sociale. Elle provoque l’endettement d’un côté et l’enrichissement de l’autre. L’appât du gain provoque la destruction de la nature, accélère l’effet de serre qui risque de précipiter la mort de notre planète. Trop de gain tue la vie ! L’altermondialisme refuse la pensé unique, le laminage des cultures et dénonce les effets incontrôlés de la techno-science. Il catalyse l’opposition contre les conférences des Davos, celles des pays les plus riches de la planète, le G8 ; contre les grandes organisations internationales comme la Banque Mondiale ( B.M), le Fonds Monétaire International (FMI), l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l’Organisation Atlantique Nord (OTAN), le veto à l’ONU…et contre les Transnationales, pour les forcer à changer de vision du monde. Le Manifeste du Porto Alegre, capitale de la démocratie participative et du Budget participatif, exige une mondialisation au visage humain, basée sur la fraternité, la solidarité, l’égalité entre l’homme et la femme et le respect de la Nature. Elle combat la dette extérieure qui étrangle les pays pauvres, les privatisations qui tuent l’Etat, les bas salaires qui enlèvent toute dignité à l’homme. Elle lutte contre le racisme, les violences sexuelles faites à la femme, la destruction de l’environnement, la transformation de l’atmosphère, l’eau, la terre et les êtres humains en marchandises : « Le monde n’est pas à vendre ! ». Elle clame la primauté de la vie et de la santé sur l’économie.
L’Altermondialisme est apolitique, il coordonne la Société Civile Mondiale, non pour prendre le pouvoir mais pour forcer les décideurs politiques et économiques à corriger les effets négatifs de la mondialisation. Idéologie de synthèse et de complexité, l’Altermondialisme nous interpelle. L’humanité doit garder et synthétiser les différents héritages. L’héritage du libéralisme : la liberté de l’individu est la principale source du développement. Mais trop de liberté tue la liberté. L’héritage du socialisme : l’Etat doit encadrer l’économie, mais trop d’Etat tue l’Etat. L’héritage de keynésianisme de l’Etat-Providence, mais trop de paternalisme provoque l’attentisme. L’héritage néolibéral : trop d’impôt asphyxie l’économie. L’héritage du mouvement écologique : trop de gain tue la vie. L’exploitation effrénée du sol, du sous-sol provoque la désertification, les pertes de la biodiversité, le réchauffement de la planète et les catastrophes naturelles.
J’espère que cet ouvrage deviendra le livre de chevet de chaque congolais et de chaque africain, désireux de comprendre la marche actuelle du monde, de l’Afrique et du Congo. Nos peuples, organisés sous l’égide de l’Altermondialisme, deviendraient peut-être un appui solide pour pousser nos dirigeants, écrasés entre le marteau et l’enclume, à ruser avec la mondialisation pour éviter que continue le pillage éhonté de nos richesses, le déplacement et l’expropriation de notre peuple par les Transnationales Minières. En lisant ce livre, j’ai le pressentiment que la liste des martyrs n’est pas encore close au Congo. Après Lumumba et Kabila, d’autres encore risqueront de verser leur sang sur l’Autel de l’impérialisme néolibéral.
L’Altermondialisme est un humanisme, mais un humanisme sans transcendance. L’homme n’est pleinement homme aux yeux d’un autre homme qu’en présence de la Transcendance qui les subsume. La métaphysique vive donnerait un socle plus solide sur lequel se fonderait les Droits de l’Homme, le respect de l’Autorité de l’Etat et la conservation de la Nature. C’est le même mouvement qui nous transporte dans l’Adoration de Dieu, la Vénération de l’Homme et le Respect de la Nature !
Professeur NKOMBE Oleko
Etudes
__________________________________________
MPALA Mbabula Louis
L'ALTERMONDIALISME A L’ASSAUT DE LA MONDIALISATION
REGARD CRITIQUE
Préface du Pr NKOMBE Oleko
EDITIONS MPALA
LUBUMBASHI
Quelques publications de MPALA Mbabula Louis aux Editions MPALA
1-Que dit la Bible sur la consultation de devin ? 1990
2-Où est Dieu ? Essai philosophico-théologique sur la souffrance 1990
3-Quel discours pour quel développement ? De la philosophie de la conversion mentale (en collaboration avec MISENGA Nkongolo et BADIBANGA Mputu) 1991
4-Les béatitudes pour qui et pourquoi faire ? 1991
5-Du découpage du Katanga 1992
6-À propos matérialisme dialectiques et de ses lois 1992
7-Où est l’homme ? Essai sur l’hypocrisie 1992
8-Du royaume de Dieu sur la terre katangaise. Vol.1 1993
9-Le chrétien face à la politique ou l’éducation à la révolution intégrale 1993
10-Attention à la démocratie consociative du philosophe IRUNG Tshitambal ! 1994
11-Bioéthique biblique ou appel à la conscience humaine 1995
12-Science et foi ou appel à la maturité humaine. Préface de KASAMWA Tuseko 1995
13-Education à la conscience et à la raison. Introduction à la philosophie de Masada 1995
14-Lecture matérialiste de « La philosophie bantoue » de Placide TEMPELS. Préface de MAYELE Ilo 1999,
2000
15-Critique de l’anthropologie philosophique de Karl MARX 1999
16-Actualité et limites de la Bolingocratie du Philosophe MVU MBI 2000
17-La dialectique : de Héraclite d’Ephèse à Georges Gurvitch 2000
18-Philosophie pour tous. Cours d’introduction à la philosophie, 2000, 2002
19-La dialectique comme méthode de recherche scientifique 2001
20-Pour vous chercheur. Directives pour rédiger un travail scientifique. Préface de NGOIE Mafuta2001
21 « Hors-jeu » pour le philosophe MABASI. Etude critique de « Science et philosophie en Afrique » 2002 et en ligne (Internet)
22-L’histoire a-t-elle un sens ? Petite introduction à la philosophie de l’histoire de Karl MARX et de Friedrich ENGELS 2002
23-La conception du travail chez Karl MARX. Préface critique de Tom ROCKMORE2002
24-Pouvoir et limites de la raison. Cours d’histoire de la philosophie moderne occidentale 2002
25-Euthanasie : pour ou contre ? Approche philosophique. Préface de Maurice CAILLET2002 en ligne (Internet)
26-La passion de connaître et la recherche du bonheur. Cours d’histoire de la philosophie antique 2003
27- A quand « L’identité post-tribale au Congo-Kinshasa » de Malemba ? 2004
28-Petite introduction aux sources d’information. Préface de E. BANYWESIZE2005
29-Pour vous chercheur. Directives pour rédiger un travail scientifique suivi de Recherche scientifique sur Internet 2006
©EDITIONS MPALA, Lubumbashi, 2007
Dépôt légal Numéro 02.20.2007.57 1er trimestre
Tél 0997021002 0815475142
E-mail : abbelouismpala@yahoo.fr
A son Excellence DIKANGA Kazadi et au Professeur Ordinaire KAUMBA Lufunda pour m’avoir aidé à réaliser le projet de réfléchir et d’écrire sur la mondialisation et l’altermondialisme.
REMERCIEMENTS
Je remercie toutes les personnes qui m’ont aidé à franchir un pas scientifique qui me permet de détenir un doctorat en philosophie. Particulièrement je pense au Professeur Ordinaire Kaumba Lufunda, au Professeur Ordinaire Nkombe Oleko et au Professeur Ngoi-Mukena.
Je suis encore reconnaissant envers le Professeur Ordinaire Nkombe Oleko qui a accepté de préfacer cet essai. L’étudiant Vénance Mwenda mérite aussi mes remerciements pour avoir saisi ce texte
ABREVIATIONS ET SIGLES
ABONG : Associaçâo Brasileira de Organizaçôes Nâo Governamentais (Association Brésilienne des ONG)
AGCS : Accord Général sur le Commerce des Services
AIT : Association Internationales des Travailleurs
AMI : Accord Multilatéral sur l’Investissement
ASEAN : Association of South East Asian Nations (Association des Nations du Sud Est Asiatique)
ATTAC : Association pour une Taxation des Transactions financières pour l’Aide aux Citoyens
BM : Banque Mondiale
CBJP : Commission Brésilienne de Justice et de Paix (du conseil national des Evêques)
CEDEAO : Comité Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest
CI : Conseil International du Forum Social Mondial
CIVES : Association Brésilienne des Entrepreneurs pour la Citoyenneté
CNCUCED : Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement
CRID : Centre de Recherche et d’Information pour le Développement
CUT : Centrale Unique des Travailleurs
FSE : Forum Social Européen
FSM : Forum Social Mondial
IBASE : Institut Brésilien d’Analyses Sociales et Economiques
IR : Internationale de Résistance
MERCOSUR : Marché Commun Sud Américain
MST : Mouvement des travailleurs Sans Terre
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique
OGM : Organisme Génétiquement Modifié
OIT : Organisation Internationale du Travail
OME : Organisation Mondiale de l’Environnement.
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
ONU : Organisation des Nations Unies
ORD : Organe de Règlement des Différends
SADC: Southern African Developpment Community
TINA: There is No Alternative.
PREFACE
Sans fin l’horloge de l’histoire se balance allant de droite à gauche, de gauche à droite en passant par le milieu, sans s’arrêter quelque part. La dialectique continue sa marche inexorable, se posant comme thèse, antithèse et se transcendant dans une synthèse qui devient à son tour thèse. Et la roue de l’histoire tourne !
La dynamique de la pensée, de la pratique et de la praxis humaines exige la remise en question permanente, la contestation continuelle, car le contingent est susceptible de perfectionnement.
Les idées-forces, celles qui deviennent des idéologies, surgissent comme des gouttes d’eau qui deviennent une source jaillissante, puis grossissent en rivière, en fleuve dont les flots ont la force de balayer tout sur leur passage. Telle est la puissance de l’idée, une fois engendrée elle mène sa vie propre, se renforce, grandit, survit même au cerveau qui l’a faite naître, puis décline et subit la loi de l’entropie.
Chaque idéologie se rattache à une réalité ou articule plusieurs éléments du réel : l’individu, la société, la nature, le capital, etc. Le libéralisme met l’accent sur la liberté de l’individu, sur sa capacité d’initiative, sa créativité, la force de sa volonté, sa combativité. Le socialisme valorise l’autorité de l’Etat, la justice sociale. L’écologisme se préoccupe de la préservation de l’environnement, de la conservation de la Nature et de la vie dans toutes ses formes. Le capitalisme donne la primauté au capital sur le travail, dans la production de la richesse, etc.
Lorsque la liberté humaine s’absolutise, la vie communautaire devient impossible. Chacun fait ce qu’il veut, c’est l’anarchie, le combat de chacun contre tous, qui transforme la société en une jingle où « homo homini lupus », l’homme devient un loup pour l’autre homme. Lorsque l’autorité écrase la liberté, comme ce fut le cas dans les régimes communistes, elle se prive du pouvoir de créativité, de combativité et de dynamisme que déploie l’individu lorsqu’il travaille dans la liberté. La faillite économique du communisme trouve sa cause surtout dans cette suppression de la liberté.
Le réductionnisme libéraliste supprime l’Etat, le holisme socialiste le rend inefficace et néfaste. La vérité n’est pas dans les extrêmes. « Μηςεν λγαν » disaient les grecs. Rien de trop, il faut garder la mesure !
La liberté se supprime lorsqu’elle s’absolutise, l’autorité se suicide quand elle devient dictature. La vérité est dans la dialectique qui met en dialogue l’autorité et la liberté. L’autorité devient capable de respecter et de promouvoir la liberté. Elle devient autorité-service et non plus autorité dominatrice. Une liberté véritable est celle qui respecte les autres libertés et accepte l’autorité. Connectée à d’autres libertés, formant ainsi un cerveau collectif, la liberté acquiert une grande puissance de création et d’action lui permettant de réaliser de grandes choses et de laisser sa trace dans l’histoire.
Poussé par l’appât du gain et servi par les progrès de la techno-science, le capitaliste s’est jeté dans l’exploitation anarchique des ressources naturelles, sans se soucier des perturbations que cela pouvait causer sur l’écologie et la biodiversité. L’industrie a amené de la richesse, mais, revers de la médaille, aussi la pollution de l’air et des eaux et l’effet de serre autour de notre planète, perturbant les saisons, provoquant le réchauffement de la terre, les tempêtes et orages, les inondations, etc. Comme un apprenti sorcier, l’homme est en train de scier la branche sur laquelle il est assis ! En mettant en danger la vie sur notre planète et la vie de notre planète, le capitalisme menace la vie même de l’homme. C’est contre cela que s’insurge le mouvement écologique.
Selon Albert Michel, le capitalisme, bien que préparé de longue date et plongeant ses racines tant dans « ORA ET LABORA » des monastères du Moyen-âge qui éduquèrent l’homme à l’amour du travail, aux banquiers de la Renaissance qui formèrent le capital, à la reforme protestante qui insistèrent sur l’épargne et l’investissement du surplus dans la création des entreprises au profit des pauvres, le capitalisme naît officiellement en 1791, pendant la Révolution Française lorsque les députés votent une loi abrogeant le monopole des Rois sur le commerce internationaux. Désormais, chacun était libre de se lancer dans le commerce triangulaire qui a fait la richesse des monarques, et devenir à l’intérieur de son pays propriétaire des richesses du sol et du sous-sol. Le capitalisme est né comme une révolution contre l’Etat, une victoire de la liberté sur l’autorité.
Mais, petit à petit, le libéralisme va devenir exploitation de l’homme par l’homme. Poussés par l’appât du gain, les capitalistes vont réduire les autres en esclavage et les plonger dans la misère. Les ouvriers, les femmes et même les enfants sont exploités sans vergogne. La conscience de l’humanité gronde ; des voix s’élèvent pour dénoncer la propriété privée et le libéralisme tant politique qu’économique. Les socialistes clament la primauté de l’Etat sur l’individu, de l’autorité sur la liberté. L’Etat, garant de la justice sociale, doit encadrer l’économie voire même devenir le seul détenteur des moyens de production.
En 1891, les idées socialistes ont fait du chemin. Tout le monde accepte le rôle régulateur de l’Etat dans le marché. Il est le garant de la justice distributive et de la sécurité sociale. Monsieur l’Abbé Mpala, qui a beaucoup étudié le Marxisme avant de se pencher sur l’Altermondialisme, analyse avec pertinence la critique marxiste du libéralisme ainsi que le keynésianisme. Ces deux réactions contre le capitalisme proposent des alternatives. L’extrémisme socialiste qui se concrétisera dans le communisme impose un holisme politique et économique à planification dirigiste où l’Etat devient seul propriétaire des moyens de production. La propriété privée est abrogée, considérée comme un vol. Mais le « Grand soir » promis par le socialisme vire au cauchemar. Persécution, arrestations arbitraires, tortures, camps de concentration, asiles psychiatriques étouffent toute liberté et toute créativité. L’économie socialiste, loin de faire des bonds espérés, plonge dans l’atavisme et le marasme, faute du dynamisme et de gestion saines, propres au secteur privé. L’empire soviétique craquelle et M. Gorbatchev n’aura qu’à faire le constat dans son « Perestroïka ». Il déplore l’atavisme et l’attentisme du peuple soviétique et propose des réformes. Mais l’empire s’écroule, entraînant l’auteur des réformes. L’autorité sans liberté ne peut qu’engendrer un Léviathan, un monde monstrueux.
Poussés par les idées keynésiennes, les pays occidentaux vont plutôt opérer des réformes. L’Etat encadre l’économie. Par les impôts sur revenus et des taxes multiples, il opère la redistribution des richesses. Par le système de sécurité sociale et des lois pour rendre le travail plus humaines, l’Etat protège le travailleur. L’allocation au chômage illustre le droit de chaque citoyen au travail. Mais le système n’est pas parfait. Les hausses de salaires continuelles, les impôts toujours plus élevés étranglent les opérateurs économiques, qui petit à petit vont grogner contre l’Etat-Providence et réclamer plus de marché, moins d’impôts, moins d’Etat.
Si Albert Michel place en 1991 l’avènement du capitalisme à la place de l’Etat, la Révolution néolibérale trouve son origine dans la doctrine économique de F.A. von Hayek et de la société du Mont Pelérin en 1947. Cette idéologie est l’ennemie jurée du keynésianisme. Il combat les mesures de solidarité imposées par l’Etat-Providence pour préparer les fondements d’un autre type de capitalisme dur et pur, libéré de toute règle, où seules les lois du Marché feraient l’histoire.
Mais pendant les trois décennies, de 1945-1975, appelées les « Trente glorieuses » où triomphait l’Etat-Providence qui diminuait le bénéfice des gagnants au profit des perdants, mettait en pratique des projets de développements locaux, défendait l’industrie locale, régulait le flux des capitaux et considérait la justice sociale et la fiscalité comme critères de progrès social, les idées de Hayek et de la société du Mont Pelérin furent enfermées dans les oubliettes, attendant le moment favorable pour faire surface. L’occasion vint avec le choc pétrolier et la grande crise de 1974. F.A. von Hayek et ses compagnons accusèrent les syndicats et le mouvement ouvrier d’être la cause de la crise. Leurs idées gagnèrent du terrain.
Selon le néolibéralisme, le marché est le seul maître, la seule instance de régulation politique et sociale, la seule source du bonheur et non l’Etat. La richesse est placée au-dessus de l’homme et de la vie. L’Etat encourage la paresse par la sécurité sociale au lieu de stimuler l’initiative privée, estimée valorisante pour la personne humaine. Par l’impôt, la justice sociale et la fiscalité, l’Etat décourage les audacieux. Donc il faut déréglementer, faire reculer l’Etat, réduire son champ de compétences et surtout le mettre au service des investissements privés. Il lui est reconnu seulement un rôle de répression contre les syndicats et de contrôle de l’évolution des flux monétaires. L’Etat doit s’abstenir des dépenses sociales, d’interventions économiques et restaurer un taux naturel de chômage pour affaiblir les syndicats. Les réformes fiscales doivent être introduites pour réduire les impôts sur les revenus les plus élevés et les produits des sociétés pour inciter à épargner et à investir.
Mais c’est avec l’arrivée de Margaret Thatcher en 1979 et celle de Ronald Reagan en 1980 que sont officiellement appliquées les idées néolibérales. Le triomphe de ce modèle engendrera la mondialisation néolibérale.
Alors qu’entre les deux guerres mondiales le Président F. Roosevelt fut gagné par les idées keynésiennes et qu’en 1945 les Institutions de Bretton Woods furent constituées dans cette philosophie et le plan Marshall exécuté dans cet esprit, une véritable conversion épistémologique s’est emparée de l’Amérique de Reagan, de la Grande Bretagne de Margaret Thatcher et des institutions internationales, installées sur le sol américains pour la plupart. Leurs alliés européens, asiatiques et africains n’osent manifester une résistance. C’est ainsi que les gouvernements, les transnationales et les institutions mondiales deviennent des instruments au service de la mondialisation néolibérale, qui impose aux pays du Sud des réformes structurelles, des disciplines budgétaires, des réformes fiscales, des redéfinitions des priorités en matières des dépenses publiques, des libéralisations des taux d’intérêts, du commerce et des investissements étrangers, des taux de change compétitif, des privatisations, des déréglementations, les droits de propriété pour les transnationales au détriment des premiers occupants.
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, en transformant le monde en village planétaire, jouent un grand rôle dans la mondialisation. Celle-ci articule plusieurs interdépendances quant à la production, aux échanges, au commerce et aux marchés financiers.
Dans la production, il y a disparition des frontières géographiques et abaissement des barrières tarifaires. Mues par la logique du profit maximal, les transnationales opèrent des délocalisations. Concernant les échanges et le commerce il y a une intégration mondiale facilitée par des changements politiques visant à promouvoir l’efficacité économique et l’instauration de la libéralisation et de la déréglementation des marchés nationaux, le désengagement de l’Etat de plusieurs activités économiques, la restauration de l’Etat-Providence et les innovations technologiques.
La première guerre du Golf, baptisée « Tempête du désert » en 1991, en pleine période de l’implosion soviétique, instaure un ordre mondial nouveau où les Etats-Unis deviennent les maîtres incontestés de la Planète. Mais comme jadis Rome après la chute de Carthage, l’Empire américain (et alliés) doit se créer un ennemi fictif qui lui permet de survivre, les nouveaux barbares du Sud, qu’il faut contenir chez eux par une politique stricte de l’immigration. Comme jadis, les barbares sont divisés en trois zones : les limitrophes à l’égard de qui on applique la politique du bâton et de la carotte, les réserves des matières premières surveillées étroitement par les satellites de l’empire et la zone des ombres abandonnée à la misère et à la mort. La mondialisation, c’est le droit que s’octroient les maîtres du monde de piller les richesses de la Planète, écrasant la vie des millions des personnes.
C’est dans ce contexte qu’il faut situer les deux guerres du Congo qui ont fait quatre millions de morts et plus de dix millions d’infestés de SIDA. Il était question de prendre les matières premières du pays, dont le coltan indispensable dans la télécommunication, pour la construction de la station spatiale internationale qui devait remplacer la station soviétique MIR, devenue obsolète. Le maître d’œuvre de cette entreprise macabre faut une transnationale qui armera trois pays voisins pour envahir le Congo sous des prétextes politiques fallacieux de chasser un dictateur…
Mais heureusement, comme il fallait s’y attendre, l’humanité a en elle des réserves d’énergies qui lui permettent de réagir pour mettre la pendule à l’heure. Ici c’est le mouvement altermondialiste.
L’Auteur de ce livre, grâce à l’Internet, a suivi de près les Forums sociaux Mondiaux (FSM). Avec pertinence et efficacité, il en a dégagé l’idéologie, montré sa fécondité et ses limites.
L’altermondialisme se présente comme une idéologie de la complexité, au sens d’Edgar Morin. Elle lutte pour la liberté de l’individu, les droits des l’Homme et des peuples, l’autorité de l’Etat qui doit assurer la justice et la protection sociales, la conservation de la nature, source de toute vie. Plutôt que de les séparer, l’Altermondialisme, dans une logique d’inclusion, articule, l’Homme, la société et la Nature.
Au slogan de Margaret Thatcher « There is not alternatif » (TINA), « Il n’y a pas d’alternative au néolibéralisme », l’Altermondialisme oppose un autre slogan « Un autre monde est possible », un monde où les droits de l’homme et le souci de la vie seraient au-dessus du grand marché mondial unique, intégré et autorégulateur. Le néolibéralisme a trouvé des ressorts pour relancer la croissance économique, mais il ne se soucie pas de distribuer équitablement ses fruits. Cette croissance économique aggrave la fracture sociale entre les riches et les pauvres. Elle s’accompagne de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire, de la perte de l’emploi et de la sécurité sociale. Elle provoque l’endettement d’un côté et l’enrichissement de l’autre. L’appât du gain provoque la destruction de la nature, accélère l’effet de serre qui risque de précipiter la mort de notre planète. Trop de gain tue la vie ! L’altermondialisme refuse la pensé unique, le laminage des cultures et dénonce les effets incontrôlés de la techno-science. Il catalyse l’opposition contre les conférences des Davos, celles des pays les plus riches de la planète, le G8 ; contre les grandes organisations internationales comme la Banque Mondiale ( B.M), le Fonds Monétaire International (FMI), l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l’Organisation Atlantique Nord (OTAN), le veto à l’ONU…et contre les Transnationales, pour les forcer à changer de vision du monde. Le Manifeste du Porto Alegre, capitale de la démocratie participative et du Budget participatif, exige une mondialisation au visage humain, basée sur la fraternité, la solidarité, l’égalité entre l’homme et la femme et le respect de la Nature. Elle combat la dette extérieure qui étrangle les pays pauvres, les privatisations qui tuent l’Etat, les bas salaires qui enlèvent toute dignité à l’homme. Elle lutte contre le racisme, les violences sexuelles faites à la femme, la destruction de l’environnement, la transformation de l’atmosphère, l’eau, la terre et les êtres humains en marchandises : « Le monde n’est pas à vendre ! ». Elle clame la primauté de la vie et de la santé sur l’économie.
L’Altermondialisme est apolitique, il coordonne la Société Civile Mondiale, non pour prendre le pouvoir mais pour forcer les décideurs politiques et économiques à corriger les effets négatifs de la mondialisation. Idéologie de synthèse et de complexité, l’Altermondialisme nous interpelle. L’humanité doit garder et synthétiser les différents héritages. L’héritage du libéralisme : la liberté de l’individu est la principale source du développement. Mais trop de liberté tue la liberté. L’héritage du socialisme : l’Etat doit encadrer l’économie, mais trop d’Etat tue l’Etat. L’héritage de keynésianisme de l’Etat-Providence, mais trop de paternalisme provoque l’attentisme. L’héritage néolibéral : trop d’impôt asphyxie l’économie. L’héritage du mouvement écologique : trop de gain tue la vie. L’exploitation effrénée du sol, du sous-sol provoque la désertification, les pertes de la biodiversité, le réchauffement de la planète et les catastrophes naturelles.
J’espère que cet ouvrage deviendra le livre de chevet de chaque congolais et de chaque africain, désireux de comprendre la marche actuelle du monde, de l’Afrique et du Congo. Nos peuples, organisés sous l’égide de l’Altermondialisme, deviendraient peut-être un appui solide pour pousser nos dirigeants, écrasés entre le marteau et l’enclume, à ruser avec la mondialisation pour éviter que continue le pillage éhonté de nos richesses, le déplacement et l’expropriation de notre peuple par les Transnationales Minières. En lisant ce livre, j’ai le pressentiment que la liste des martyrs n’est pas encore close au Congo. Après Lumumba et Kabila, d’autres encore risqueront de verser leur sang sur l’Autel de l’impérialisme néolibéral.
L’Altermondialisme est un humanisme, mais un humanisme sans transcendance. L’homme n’est pleinement homme aux yeux d’un autre homme qu’en présence de la Transcendance qui les subsume. La métaphysique vive donnerait un socle plus solide sur lequel se fonderait les Droits de l’Homme, le respect de l’Autorité de l’Etat et la conservation de la Nature. C’est le même mouvement qui nous transporte dans l’Adoration de Dieu, la Vénération de l’Homme et le Respect de la Nature !
Professeur NKOMBE Oleko
AVANT-PROPOS
L’Altermondialisme à l’assaut de la mondialisation, tel est le titre de notre essai[1]. Cet essai reprend toute la deuxième partie et y ajoute le chapitre consacré au Regard critique. Ce dernierestle sous-titre de notre livre.
Par cette publication je voudrais contribuer à la lutte pour l’avènement d’un autre monde possible plus juste. Celui-ci ne peut être « engendré » que grâce à une exigence, celle de penser autrement la manière d’habiter le monde. Ce « penser autrement » nous permettra d’élaborer une nouvelle philosophie de l’histoire. Ainsi, saurons-nous actualiser cet « autre monde possible plus juste » par un modèle démocratique participatif et prosôponiste basé sur un nouveau paradigme, à savoir le paradigme de la rencontre. Telle est ma thèse.
Comme d’aucuns peuvent le deviner, cet essai nous met sur la voie nous conduisant à la réalisation de ma thèse.
Je soutiens que la mondialisation et l’altermondialisme sont deux visions du monde différentes ou mieux elles constituent deux philosophies de l’histoire différentes. La mondialisation néolibérale- puisque c’est d’elle qu’il s’agit dans mon essai- prend le marché (vivant de la concurrence) pour une instance de régulation politique et sociale. De ce fait, le marché, pour la mondialisation néolibérale, devient le moteur de l’histoire. S’il en est ainsi, le sens de l’histoire n’est rien d’autre que l’évolution inévitable vers la constitution du grand marché mondial unique, intégré et autorégulateur. C’est contre cette philosophie de l’histoire que l’altermondialisme s’oppose et va en guerre en en proposant une autre. Celle-ci voit en la lutte pour la reconnaissance le moteur de l’histoire et le sens de l’histoire est dans la réalisation d’ « un autre monde possible ».
Ces deux philosophies de l’histoire charrient deux projets de société différents, et ce du point de vue politique, économique, social et culturel.
A travers ces deux philosophies de l’histoire et projets de sociétés, c’est l’homme qui est en jeu. En d’autres termes, ce sont deux conceptions de l’homme qui s’affrontent à travers les hommes.
Toutefois, me considérant comme un des héritiers critiques de Karl Marx, je voudrais être pris pour un altermondialiste critique et non fanatique. Ceci étant, mon Regard critique relèvera les mérites et les limites de l’altermondialisme, et ce depuis 1996 à 2006. C’est de ce façon critique, je pense, que l’on peut aider l’altermondialisme à venir à bout, un jour (lequel ?), de la mondialisation néolibérale. Faute de quoi il risque de sombrer comme le marxisme.
Je dois avouer qu’en République Démocratique du Congo l’altermondialisme serait le bienvenu pour une meilleure lutte contre les multinationales vampires.
Mon souhait, à la suite du Professeur Nkombe Oleko, est de voir cet ouvrage devenir le livre de chevet de chaque congolais et de chaque africain, désireux de comprendre la marche actuelle du monde, de l’Afrique et du Congo. Il y va de notre survie.
INTRODUCTION
La mondialisation néolibérale et l’altermondialisme sont deux paradigmes en compétition. Autre face accompagnant la mondialisation, l’altermondialisme monte à l’assaut de la mondialisation. Sans nier la mondialisation, l’altermondialisme se veut « une autre mondialisation » pour « un autre monde possible ». Dans sa lutte contre la mondialisation néolibérale, l’altermondialisme n’est pas loin d’une utopie, car « tout comme l’utopie, le mouvement altermondialiste prend en compte un projet de société différent »[2]. C’est ici que le concept utopie doit être explicité. D’après Michèle Riot-Sarcey, « l’utopie est inscrite dans le présent politique et permet d’éclairer la tension permanente entre les mots censés exprimer une réalité face à un réel rétif à l’imposition d’une signification dominante. En d’autres termes, la prise en compte de l’écart, entre ce qui est et ce qui est censé être, permet l’intelligibilité de l’histoire dans le concret de son élaboration. Plus que la politique -dont les règles consistent à prévenir le désordre-, l’utopie répond aux demandes, déplaçant les limites de l’ordre existant. Elle n’apparaît insolite que parce qu’elle met en cause le donné de l’histoire »[3]. Cette définition de l’utopie rejoint la finalité du projet altermondialiste. Identifié à une forme d’utopie, l’altermondialisme vise le changement du monde en transformant la mondialisation néolibérale en une mondialisation à visage humain. Pour y arriver, il propose des alternatives préfigurant un autre monde idéal de société. Voilà qui anoblit la lutte altermondialiste.
Comme toute utopie, l’altermondialisme est porteur d’un principe d’espérance. « Or, une des caractéristiques fondamentales de ce principe c’est que, même décliné de plusieurs manières, il a toujours instauré un rapport dialectique entre le présent, le passé et l’avenir. Puisant dans les leçons de l’humanité, soucieux d’un avenir encore incertain, le mouvement altermondialiste véhicule l’espérance, avec la ferme volonté d’imprimer des changements qualitatifs au quotidien des individualités et des populations »[4].
Pour faire voir en quoi consiste l’assaut altermondialiste, je me propose, dans le premier chapitre, de parler du nouveau concept de la mondialisation. Il sied de signaler que le concept mondialisation est nouveau même si la réalité qu’elle reflète est ancienne. C’est ainsi que l’on peut parler de la mondialisation comme phénomène humain et économique.
Comme phénomène humain, Edgar Morin fait de la préhistoire « une première mondialisation ». Cependant, nous devons entendre par « mondialisation », dans ce cas, le fait de devenir mondial, i.e. le fait de se trouver dans le monde entier. En effet, E. Morin affirme, à la suite de certains historiens, qu’ « à partir d’un vraisemblable foyer africain, les rameaux humains se propagent en Europe et en Asie, certains passent, peut-être encore sur terre ferme, en Amérique, d’autres s’éparpillent en Océanie, d’où il est très possible que, par aventure ou par dérive, quelques-uns s’implantent sur les côtes andines »[5].
Cette affirmation prend en considération un fait : à un moment donné, les continents furent habités par l’espèce humaine, et ce en partant d’un continent. C’est cela qu’E. Morin appelle la « grande diaspora »[6].
C’est au cours de cette diaspora, argumente-t-il, que s’est produite « une extraordinaire diversité de langues, de cultures, de destins, sources d’innovations et de créations dans tous les domaines, source aussi de méconnaissances réciproques »[7]. Même si les humains séparés ont oublié leur identité commune, et de ce fait devenus étrangers les uns aux autres, « la diaspora de l’humanité, insiste E. Morin, n’a pas produit de scission génétique : comme il a déjà été dit, Pygmées, Noirs, Jaunes, Indiens, Blancs relèvent de la même espèce, disposent des mêmes caractéristiques fondamentales d’humanité »[8] .
E. Morin, en faisant de la grande diaspora la première mondialisation au sens ci haut indiqué, touche du doigt un aspect très important, à savoir l’identité humaine commune. De celle-ci doit surgir une conscience biologique. Cette dernière devrait être le moteur de l’universel.
C’est après que la mondialisation sera vue comme un phénomène économique. En effet, depuis la Renaissance il y a une deuxième phase de la mondialisation comme phénomène qui commence à être économique d’une façon prédominante. Voila pourquoi beaucoup d’auteurs feront de la Renaissance un nouveau point de départ de la Mondialisation.
André Fourçans situe les premiers assemblages de la mondialisation[9] aux alentours de la prise de Constantinople par les Turcs[10], et ce en 1453. De Senarclens abonde dans le même sens quand il écrit que « les premières étapes de la mondialisation au contour de changements culturels, matériels et politiques complexes (…) [eurent lieu] dans l’Europe de la Renaissance et de la Réforme »[11]. Et à ce propos, il convient de souligner avec Olivier Dollfus que « la première mondialisation issue de l’Europe, a d’abord été intercontinentale et transocéanique »[12]. De Senarclens le développe d’avantage. Pour lui les exploitations maritimes et les conquêtes coloniales des Amériques au XVIIIe siècle, ont permis l’intégration des Amériques dans le système des économies européennes. Ainsi, le développement des modes de production et d’échanges capitalistes a constitué une étape importante de ce mouvement d’intégration. « La construction des voies fluviales, des routes, l’amélioration des voyages maritimes, des chemins de fer ont facilité les transports de masse, l’intensification des échanges internationaux des biens et des personnes, et surtout des mouvements des capitaux »[13].
Comme on le devine, cette période coïncidera avec de nouvelles vagues de conquêtes impérialistes, et celles-ci ont été facilitées par l’évolution des armements, et, d’une manière générale, par la supériorité des industries et des systèmes administratifs des colonisateurs. Et comme conséquence, il y eut une domination du mode de production capitaliste, et ce aux dépens des économies traditionnelles. Cette situation provoqua des mutations au sein du monde d’alors[14].
Marx-Engels s’opposeront à cette « mondialisation » en proposant la société communiste, société sans classes sociales.
Le concept mondialisation sera forgé au xxè siècle, et ce pour mettre en évidence le triomphe du néolibéralisme.
La compréhension de l’Altermondialisme exige, de prime abord, que l’on parle de la mondialisation néolibérale[15] dans ses différentes articulations. Voilà pourquoi ai-je dit que le premier chapitre présentera le nouveau concept de la mondialisation .Celle-ci se montre comme une nouvelle époque historique. Nous savons que la mondialisation est étudiée par plusieurs disciplines scientifiques. Mais les discours sur la mondialisation sont différents. De ce fait, l’angle philosophique sous lequel nous aborderons la mondialisation nous présentera celle-ci comme un stade historique, une époque historique, une phase historique du capitalisme que Michel Albert nomme volontiers le « Capitalisme à la place de l’Etat »[16].
Apparu à une période de l’histoire, le concept de mondialisation doit être situé dans le contexte, lequel appelle à son tour la circonscription de l’Altermondialisme. Celui-ci apparaît dans le contexte de la mondialisation néolibérale.
Le deuxième chapitre se penchera sur l’Altermondialisme, sur son l’idéologie et sa critique de la mondialisation néolibérale. Cette dernière apparaît clairement lors des Forums Sociaux Mondiaux.
Le troisième chapitre abordera les alternatives altermondialistes pour un autre monde possible et indiquera le sens de l’histoire selon l’altermondialisme. Il sied de signaler que tout les discours et les combats altermondialistes se font sous l’influence d’un paradigme que nous nommons « paradigme altermondialiste » opposé au paradigme mondialiste néolibéral.
Le quatrième et dernier chapitre jettera un regard critique sur la façon dont l’altermondialisme s’attaque à la mondialisation. Il s’agira d’une appréciation critique.
PREMIER CHAPITRE
UN CONCEPT NOUVEAU : LA MONDIALISATION
En présentant « la première mondialisation », il a été possible de mettre en exergue les éléments tels que la Révolution industrielle, le colonialisme et le commerce, ayant caractérisé cette époque, époque de la première mondialisation, la mondialisation libérale. A présent, nous avons un nouveau concept de la mondialisation, inaugurant une nouvelle époque, celle de la mondialisation néolibérale
Il y a des critères d’après lesquels nous affirmons que le monde est entré dans l’époque de la mondialisation néolibérale. « Dans l’immense majorité des cas, il semble que le critère déterminant soit celui des transformations économiques »[1]. Celles-ci ont mis en déroute le système mondial ancien pour en créer un autre qui se présente, dans ses grandes lignes, de la manière suivante[2] : le système mis en vigueur après la seconde guerre mondiale est remplacé par un modèle à pôle unique ; il y a omniprésence et domination du capitalisme néolibéral ; on constate une mobilité croissante et un renforcement de l’emprise des entreprises transnationales, et ce, à travers des stratégies d’ajustement au niveau national, régional et international ; il y a, par ailleurs, prédominance du capital financier qui est de plus en plus mobile, décentré et transnational, et ce, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC en sigle) et aux changements intervenus en faveur du libre échange . Riccardo Petrella a soutenu, à sa façon, cette idée quand il écrivait que « (…) la mondialisation actuelle de l’économie, des marchés, des entreprises, des capitaux serait en train, de pair avec la « révolution technologique » liée, notamment, aux nouvelles technologies d’information et de communication, d’enterrer le XXe siècle et d’enfanter le troisième millénaire »[3].
En outre, on assiste à l’expansion générale de la production des entreprises transnationales et une grande partie du commerce international se fait au travers des firmes multinationales ; l’on vit une mainmise des Etats-Unis (parfois contestée) sur les importantes institutions à vocation supranationales (ONU, BM, FMI, OMC) ; on constate visiblement l’échec à programmer et à mettre sur pied (que ce soit au niveau national, régional et international ) de nouvelles formes de souveraineté, d’organisation sociale et politique, etc.
A dire vrai, un « tournant de civilisation » (l’expression est d’Etienne Balibar) s’est opéré. Il a été provoqué par plusieurs éléments dont deux retiennent notre attention. « Le premier (…) est économique : c’est l’apparition des firmes multinationales dont la capacité financière excède celle de la plupart des Etats et qui acquièrent ainsi la possibilité de délocaliser et transporter leurs activités vers n’importe quelle région où les facteurs de production sont disponibles à des prix avantageux, avec pour contrepartie la constitution d’un seul système d’échange des capitaux et des monnaies, opérant « en temps réel » et reliant entre elles toutes les places financières du monde(…). Le second événement sans lequel (…) il n’y aurait pu être question de « mondialisation » (…), est l’effondrement du système socialiste soviétique, entraînant la fin de la « division du monde » en « camps antagonistes »[4].
On peut retenir trois critères pour parler de l’entrée dans l’époque historique de la mondialisation néolibérale, à savoir les critères économique, technologique (NTIC) et politique.
Cependant, nous devons savoir que l’entrée dans l’époque historique de la mondialisation néolibérale a été rendue possible par l’Idéologie du néolibéralisme.
La connaissance de l’idéologie néolibérale facilite la compréhension ou mieux permet la saisie de la mondialisation néolibérale dans son essence même.
Le néolibéralisme relève d’un choix et n’est pas naturel comme la pluie. Né après la seconde guerre mondiale en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, le néolibéralisme se pose en s’opposant théoriquement et politiquement à l’interventionnisme étatique et à l’Etat social, le Welfare State.
Selon Perry Anderson, le livre de Friedrich August von Hayek, The Road to serfdom (traduit par La route de la servitude), publié en 1944, constitue, en quelque sorte, « la charte fondatrice du néolibéralisme. Une attaque passionnée contre toute limitation par l’Etat du libre fonctionnement des mécanismes du marché y est développée. Ces entraves sont dénoncées, car elles contiennent, à son avis, une menace mortelle contre la liberté économique mais aussi politique »[5]
Le nom de F.A von Hayek reste lié au néolibéralisme pour son rôle imposant. En effet, en avril 1947, Hayek a convoqué des intellectuels qui partageaient son orientation idéologique et les a réunis au Mont Pèlerin, dans le canton de Vaud. Nous sommes en Suisse. L’assistance était bien choisie. Ainsi, Milton Friedman, Karl Popper en faisaient partie. « A la fin de cette rencontre est fondée la société du Mont Pèlerin, une sorte de franc- maçonnerie néolibérale, bien organisée et consacrée à la divulgation des thèses néolibérales, avec des réunions internationales, régulières » [6].
Cette société s’est fixé un objectif précis : « D’une part, combattre le Keynésianisme et les mesures de solidarité qui prévalent après la seconde Guerre mondiale et, d’autre part, préparer pour l’avenir les fondements d’un autre type de capitalisme, dur et libéré de toute règle »[7].
En effet, pendant que Hayek et ses compagnons réfléchissent pour l’instauration d’un nouveau capitalisme dur et libéré de toute règle, l’Occident (Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord) vit le triomphe de l’Etat-Providence. Celui-ci joue un rôle redistributif grâce à la solidarité sociale. Ce rôle permet d’atténuer la montée des inégalités et les menaces de fracture sociale. Par les impôts progressifs et les politiques de lutte contre la pauvreté, l’Etat-Providence diminue quelque peu le bénéfice des gagnants pour en donner une partie aux perdants. Cet Etat-Providence conçoit et met en pratique des projets de développement qui répondent aux besoins locaux. Il défend, en outre, l’industrie locale contre l’invasion étrangère et régule le flux des capitaux. La protection sociale est considérée, pendant ce temps, comme un critère de progrès de la société. La justice sociale et la fiscalité sont à l’ordre du jour. L’Etat est partout présent. La croissance est particulièrement rapide et l’égalitarisme est recherché. C’est ainsi que l’on parle de « Trente Glorieuses », la période allant de 1945-1973. Ces trente années sont celles de l’expansion économique et du bien être social[8]. Hayek et la société du Mont Pèlerin lèveront des boucliers et fustigeront cet Etat-Providence.
Leurs thèses néolibérales s’énoncent sous forme des principes, mots d’ordre, hymne, etc. Le principe des principes est celui qui fait du MARCHE le seul maître[9] . Il y a l’apologie du Marché appréhendé « comme une instance de régulation politique et sociale »[10]. Autrement dit, ce n’est plus l’Etat qui joue le rôle de régulation politique et sociale. Seul le Marché est vu comme source de bonheur. En d’autres mots, « ouvrez, privatisez, et le marché fera votre bonheur ». Considéré comme une panacée au détriment de l’Etat et de ses fonctions essentielles, le marché est au-dessus de tout et la richesse, ipso facto, est placée au dessus des hommes.
L’économisme et l’utilitarisme sont les deux philosophies qui sous-tendent le néolibéralisme. De ce fait, le libre échange est l’unique voie de la croissance et de la prospérité, et est bon tout ce qui le favorise, mauvais tout ce qui le contrarie. Alors le Marché est bon et l’Etat est mauvais. Ce dernier, par la protection sociale, encourage la paresse au lieu de stimuler l’initiative privée, individuelle qui doit être estimée valorisante pour la personne humaine. Par l’impôt, la justice sociale et la fiscalité, l’Etat décourage les individus les plus audacieux. C’est pourquoi « il faut déréglementer, faire reculer l’Etat, réduire son champ de compétence et surtout le mettre au service des investisseurs privés »[11]. D’où l’hymne du néolibéralisme : « Moins d’Etat, peu d’Etat, pas d’Etat, chacun pour soi et le marché pour tous ». Ainsi, le mot d’ordre est clair : « Remplacer la politique et l’Etat par l’Economie ». Dans cette logique, il faut suivre l’ordre du Marché, contenir le pouvoir, détrôner la politique et considérer la justice sociale comme un concept inutile et nuisible. Au contraire, il faut accorder le primat au Marché et au libre échange, encourager la concurrence pour une bonne maximisation (profit, rentabilité, satisfaction) et ainsi provoquer la croissance. Par ailleurs, les « prophètes »[12] du néolibéralisme, Hayek, Friedman, Mises, Murray, enseignent la convergence des intérêts contradictoires s’annulant dans le marché jouant le rôle d’autorégulateur. Cet enseignement se base sur un postulat métaphysique de l’harmonie naturelle des intérêts[13].
Ces thèses néolibérales seront lettres mortes durant les Trente Glorieuses. Cependant, le grand tournant aura lieu en 1974 quand « tout change dès l’éclosion de la grande crise du modèle de l’après-guerre »[14].
Cette situation permettra aux idées néolibérales de gagner du terrain. F.A. von Hayek et ses camarades hausseront leur voix pour pointer les syndicats et le mouvement ouvrier comme les racines de la crise. « Selon eux, les syndicats ont sapé les bases de l’accumulation privée (de l’investissement) par leurs revendications salariales et par leurs pressions visant à ce que l’Etat accroisse sans cesse des dépenses sociales parasitaires »[15].
Pour sauver la situation, F.A