Cet article a été publié dans la Revue les Annales  (  

An.cuksa vol. I N°1(2007), p.77-101.) et a pour auteurs

 

Simon KAYEMBE Malindha Tshikuta,

Toussaint MUSHID Kaur, Gérard TSHITEMBU Mfumu

 

                     Simon KAYEMBE MALINDHA TSHIKUTA

         Doctorant en Langues et Littératures Africaines/ Faculté des Lettres et Sciences Humaines/Université de Lubumbashi)

                                  E-mail : simonmalindha@yahoo.fr

                          Phone : (+ 243) 0997030227 ; 0813767837

                                           Lubumbashi/ Katanga

R.D. Congo

 

An.cuksa vol. I N°1(2007), p.77-101.

 

  PAREMIOLOGIE  COKWE (K1l) :

ETUDE ANALYTIQUE

 

Simon KAYEMBE Malindha Tshikuta,

Toussaint MUSHID Kaur, Gérard TSHITEMBU Mfumu

 

Résumé : c’est à la promotion de la littérature orale d’un des peuples du Katanga (R.D. Congo) que se livrent les Auteurs. Ils sont convaincus qu’au nombre des legs négro-africains à valoriser à l’ère de la construction d’un nouvel universel, il y a les proverbes qui jouent un rôle didactique et moralisateur.

                                  

Introduction

 

L’approche de notre contribution  s’inscrit dans  la parémiologie, qui est l’étude des proverbes. Notre réflexion est  donc à la fois littéraire et linguistique. Littéraire, parce que les proverbes composent des genres figés de la littérature orale dont le sous – genre se  classe dans les morceaux récités, la littérature pouvant alors être étudiée qu’à la lumière des données linguistiques. A ce propos NGANDU dit : « Les auteurs se rendent compte que la littérature écrite ou orale, constitue un ensemble de structures linguistiques »[1].

Il existe cependant une controverse au sujet des  domaines qui sont à cheval entre la littérature et la linguistique. De ces domaines on peut citer  la stylistique et la parémiologie. De nombreux auteurs ont réfléchi et tenté  de fixer  des limites entre la parémiologie et la littérature d’une part, et entre  la parémiologie  et la littérature d’une part, et entre la parémiologie et la linguistique d’autre  part. En ce qui nous concerne, l’essentiel n’est pas de discuter le fondement  de ces controverses.

Quelles qu’elles soient, il est un fait que notre étude est à cheval entre la littérature et la linguistique. Il est aussi un fait qu’elle  relève de la sémiotique, science qui permet, pour reprendre de nouveau Ngandu Nkashama, d’établir un pont entre la linguistique et la littérature ; non seulement d’établir un tremplin mais de faciliter les études qui se situent entre les deux domaines corrélatifs.

         L’africain, particulièrement le congolais, est à la recherche de son identité culturelle, de son authenticité. Il voudrait être lui-même et s’exprimer tel qu’il est. Avec la prise de conscience de son authenticité, l’Africain cherche à retrouver ses valeurs et ses sources traditionnelles. « S’il est un domaine auquel la recherche de l’authenticité peut s’appliquer avec beaucoup de bonheur, dit Mufuta, c’est sans conteste, celui des traditions orales – de la littérature orale »[2].

Ainsi, nous voulons participer à la recherche de  cette identité culturelle et de cette authenticité en nous plongeant dans nos traditions orales pour y puiser les valeurs culturelles les plus honorables et les plus dignes vis-à-vis du monde extérieur. Par cette étude nous voulons non seulement contribuer à la conservation de notre patrimoine mais aussi à la connaissance par d’autres des valeurs culturelles dont regorgent les proverbes cokwe et, de la sorte, remettre à l’honneur ce genre littéraire très peu exploité et très peu étudié. Ainsi, nous sommes-nous limité à l’analyse de quelques proverbes cokwe en les traitant davantage sous l’aspect sémantique. Il s’agit concrètement d’un essai d’analyse des proverbes cokwe des territoires de Sandoa et de Dilolo, dans le District du Lualaba, Province du Katanga.

L’étude comprend ainsi deux grandes parties dont chacune contient des subdivisions. La première partie présente de manière générale les proverbes cokwe. Elle mentionne aussi leur environnement linguistique et leur contexte culturel. La seconde partie est par contre  consacrée à l’analyse des proverbes choisis. Ceux-ci sont répartis en trois thèmes.

Thème I : Méfiance à l’égard des apparences ;

Thème II : Education ;

Thème II : Respect des anciens.

Une conclusion générale reprend brièvement l’essentiel de cette étude.

L’analyse  des différents proverbes va nous conduire à présenter d’abord chaque thème avec les proverbes qui lui sont liés.

Le proverbe est numéroté et traduit littéralement. Ensuite, nous passerons successivement à l’étude du corpus, des éléments de la chaîne syntagmatique, à la distribution syntagmatique et, enfin, à l’étude sémiotique. Pour chaque proverbe, il a été procédé à la traduction littéraire, à la signification des signifiants, au sens général et aux applications possibles dans les différents domaines de la vie. Les emplois particuliers ne sont qu’illustratifs et non exhaustifs et exclusifs.

1.  Présentation de proverbes cokwe

1.1 Généralités

1.1.1. Définition

 

Il n’est rien de plus  malaisé que de définir un terme ou un concept, car il est demandé pour ce faire d’être concis, succinct mais exhaustif, ou extensif sans être prolixe. Pour le Robert, « le proverbe est une vérité d’expérience ou conseil de sagesse pratique et populaire, commun à tout un groupe social, exprimé en une formule elliptique généralement imagée et figurée »[3]

         Mais selon F.M Rodegen, le proverbe est « une sentence, une vérité imagée, concise, parfois rimée, qui contient souvent des allitérations, renferme parfois des jeux de mots ; toujours elle est rythmée et s’exprime généralement sous forme métaphorique »[4].

         En cókwe, le proverbe est désigné sou le nom de « Cishima » au signulier et « Yishima » au pluriel (cl.7/8). Les cókwe définissent le proverbe comme étant un fait ou une expérience millénaire vécue par les ancêtres et transmis oralement à leurs descendants pour le bien – être social.

 

1.1.2. Origine des proverbes

 

L’origine des proverbes est difficile à situer. A ce sujet, J. Vansina écrit : « Dans la plupart des cas, il n’y a pas moyen de déterminer l’époque où un proverbe est né, et on ne pourra donc l’attribuer à une période définie du passé »[5]. La difficulté réside dans le fait que leur naissance est déterminée par les circonstances et leurs divers emplois.

         Toutefois, on  peut dire, sur la base des témoignages des cókwe eux – mêmes, que les proverbes descendent d’une tradition de plusieurs siècles. Ainsi, au début d’un proverbe, les cókwe disent. « Makulwana Kambile ngwo… », « Les anciens ont dit … » la reprise, en exergue de cette citation, permet d’inférer l’origine lointaine  des proverbes. Déjà, l’emploi du passé montre qu’il s’agit de situations vécues par les ancêtres.

 

1.1.3. Caractéristiques des proverbes

 

Les proverbes, sont un genre littéraire populaire, didactique et figé. Ils renferment souvent des éléments archaïques et, ce sont des formes allusives, pleines d’allitérations et d’assonances. Ils constituent, en fait, l’écart entre le langage familier, courant et le langage des sages.

         Ainsi, à ce propos, P.B. Daniel et M. Kahombo notent : « les proverbes possèdent une forme spéciale, différente des phrases ordinaires. Ils expriment sous le couvert d’une forme succincte, imagée et dense, une somme d’idées, de valeurs, de points de vue, de principes, d’observations, d’expériences et de comportements »[6].

         Les proverbes sont aussi anonymes et font partie de la littérature orale. Ils répondent toujours à une fonction. C’est un art pour l’homme, une emprise sur le groupe.

Les proverbes se distinguent des dictons par leur connotation. Tandis que les dictons ne sont pas connotés.

 

1.1.4. Groupes thématiques

 

En examinant les proverbes recueillis auprès des sages cókwe, nous pouvons y dégager plusieurs thèmes différents. Beaucoup ont un signifié commun et traitent souvent les mêmes thèmes malgré la différence qui peut exister entre les situations dans lesquelles les faits se produisent. Ces thèmes sont souvent les suivants : La prudence, l’honnêteté, la patience, le courage, l’amitié, l’indiscrétion, la générosité, l’union, l’aide, la serviabilité, la justice, le conseil, le savoir vivre, …  

         Toutefois, notre étude, portera sur les trois thèmes suivants : la Méfiance  à l’égard des apparences (Thème I), l’Education au sens général, c'est-à-dire des jeunes et des adultes (Thème II) et, enfin, le respect envers les anciens ou les aînés (Thème III).

 

1.2 .Environnement linguistique

1.2.1 Le moment

 

Selon nos informateurs, les proverbes ne sont pas liés à un moment particulier. Ils sont un genre littéraire intemporel, contrairement aux contes. Leur emploi varie en fonction de la situation, de la circonstance et du contexte où ils sont  évoqués, de la personne qui les évoque et  de celle à qui ils sont adressés. Ainsi, les proverbes peuvent être dits à n’importe quel moment et ne  dépendent que du temps de la circonstance. A titre d’exemple, situations d’évocation des proverbes : le manquement à la morale, l’impolitesse, l’ingratitude, les palabres, le manque de bon sens et du bon comportement, etc.

1.2.2. Les formules

Pour débuter un proverbe, le diseur recourt à certaines expressions stéréotypées dont la traduction s’opère avec beaucoup de fidélité. Ces formules didactiques sont réputées être le dépôt de la sagesse des anciens.

1.2.2.1. Formules introductives :

Avant de citer un proverbe, les cókwe disent :

« Makulwana kambile… », « Les anciens ont dit … », ou

« Thushakulu kambile … », « Les ancêtres ont dit… », ou encore

« Kambile ngwo… », « on avait dit que… ».

Ces formules sont alors suivies par la citation du proverbe.

 

1.2.2.2. Formule  finale :

Après avoir dit un proverbe, les cókwe disent :

« Kuta Cishima kucilumbununa nyi wa cilumbunwine ; makulwana unathuka ».

« Dire un proverbe  c’est l’expliquer, si tu ne l’expliques pas ; tu insultes les anciens ». Par cette formule, les cókwe exigent soumission et adhésion à la sentence prononcée et à la tradition véhiculée.

 

1.3. Contexte culturel

 

         Les proverbes, chez les cókwe, jouent un rôle primordial et éducatif. Ils assurent la formation, l’instruction et l’éducation des jeunes gens aussi bien que celle des adultes vivant dans la société cókwe. Ils interviennent dans l’éducation parce qu’ils font appel à la réflexion, à la déduction. Ils sont donc suggestifs.

         « Le proverbe africain, remarque Jacques M., est beaucoup plus qu’une sorte d’épigramme sur la nature ou le comportement de l’homme, ses  penchants ou ses faiblesses. C’est, bien plutôt, une sorte d’axiome social, une présentation sous forme mnémonique des règles et des principes propres à chaque culture »[7].

Il ressort ainsi que les anciens, gardien des us et coutumes de la morale et de la sagesse, ont éprouvé le besoin d’éduquer la jeunesse avec les proverbes. Ils veulent communiquer aux jeunes l’expérience de la vie acquise et développer en eux les qualités utiles à la société. Ainsi les cókwe disent-ils que les proverbes c’est éduquer, c’est construire, c’est le bien-être social, c’est instruire, c’est aussi former et informer.

Les proverbes, chez les cókwe sont également des références, des normes morales, sociales et religieuses en usage chez eux, et il est nécessaire d’observer ces normes pour pouvoir vivre pleinement sa vie d’homme dans la collectivité dont on est membre. Ces considérations nous obligent donc à nous intéresser à cet héritage, légué par les ancêtres et transmis oralement, lequel est nécessaire à la bonne marche de la société. C’est donc en approfondissant ces traditions que nous découvrirons notre  personnalité afin de nous engager sur des nouvelles voies.

 

 

 

 

 

2. Analyse des proverbes cokwe

2.1. Introduction a l’analyse

Dans  son ouvrage « Du sens ou Essais sémiotiques », A. Greimas, se rattache à la conception saussurienne selon laquelle « l’existence de l’expression est considérée comme la condition de l’existence du sens ». Par conséquent, A. Greimas postule un parallélisme entre l’expression et le contenu.

         De la formulation de Hjelmslev, plus élaborée que celle de Saussure, il ressort que tout langage peut être défini comme une forme obtenue par la conjonction de deux  substances différentes ayant chacune une forme propre : la substance de l’expression et celle du contenu.

Ainsi selon Hjelmslev, il y a deux niveau : celui de la forme linguistique qu’il faut considérer sur le plan de l’expression ou du sens phonétique et celui du contenu ou  grammatical. En deuxième lieu, il faut considérer le niveau de la substance non linguistique et celui du contenu ou du sens phonologique, de même que celui du contenu ou du sens sémantique. Comment peut – on alors aboutir à l’explication des proverbes ? Il existe plusieurs possibilités. En ce qui nous concerne, nous avons choisi le niveau de la substance sémantique en partant du signifiant au signifié ou encore de la dénotation à la connotation ; démarche qui traduit le reflet du langage adopté par une  société donnée.

         Dans notre étude, il s’agit du contenu culturel de la Société cókwe.

         Il semble qu’à l’heure actuelle « toute explication ou description du sens n’est qu’une opération de transcodage (…) c'est-à-dire utiliser d’autres mots et d’autres phrases en essayant de donner une nouvelle version de la même chose »[8]. Nous procéderons donc à un système de transcodage sur un corpus de proverbes cókwe groupés autour de cinq thèmes. Intentionnellement, nous en avons réduit le nombre afin de mieux exploiter le contenu signifié de chaque thème en partant des signifiants.

         Dans son essai sémiotique, A. Greimas a inséré une étude sur les proverbes et les dictons[9]. Il s’agit de l’étude de proverbes français où l’auteur découvre un changement d’intonation dans l’énoncé. Comme les langues africaines sont  en général des langues à tons, il y aurait certainement une étude intéressante à entreprendre sur ces mêmes tons et leurs oppositions binaires. Par ailleurs ce système de binarité se retrouve sur d’autres plans : « La structure rythmique binaire des proverbes et des dictons apparaît comme un trait formel distinctif plus général que les dimensions des unités syntaxiques à l’intérieur desquelles ils se réalisent »[10].

Cette considération nous amènera donc à rechercher les éléments d’explication au niveau des phrases de modulation.

         Ainsi, nous notons d’abord par (I) et (II) la coupe de la structure binaire de chaque proverbe. Celui – ci sera traduit littéralement, et plus tard et plus largement, avant une recherche élaborée des connotations.

L’opération suivante consistera à découvrir des oppositions lexicales de répétitions de mots ou de couples oppositionnels de mots.

Pour mieux signaler ces oppositions dans chaque proverbe du « petit » corpus d’un thème nous désignerons de la même manière ces mots. Il s’agit du verbe, du substantif, de l’adjectif et d’autres mots. Ces éléments nous expliqueront l’interprétation que les cókwe donnent à leurs proverbes.

 

2.2. Analyse proprement dite

Présentation du thème I : Méfiance à l’égard des apparences

 

I

II

N°1

Kajila walisaswila

l’oiseau qui piaille

keshi        caswa

n’a pas     de nid

N°2

Puka atenuka

Abeilles qui sont méchantes

eé alîla      wuci

sont celles on mange leur miel

N°3

Wunji wasonde

Multitude de fournis rouges

akwo keshi mazo

certaines n’ont pas de dents

N°4

Kathuthu wahola

L’insecte calme

mwé wasumana

celui qui pique

N°5

Lunga maana

L’homme c’est l’intelligence

hi : cizundamoko

non pas sa taille

N°6

Mukishi haze

Masque à l’extérieur

mukaci muthu

à  l’intérieur la personne

N°7

Kawa watenuka

Chien qui grogne

keshi kusumana

ne mord pas

N°8

Fuka lyahenya haze

Tombeau qui brille au dehors

mukaci muthu hanapolo

au-dedans la personne est pourrie

 

Etude du corpus : Ainsi que cela a été signalé dans l’introduction, les chiffres  romains  I  et  II  indiquent  la  répartition  binaire  rythmique. Nous constatons que la  première  partie des huit  proverbes marquée I  contient encore elle – même  dans les  sept premiers  proverbes  un  parallélisme binaire phonétique : deux mots qui, dans le n° 1-2-5 et 7 contiennent l’assonance/à/ et sont riches euphoniquement:/Kajila/walisaswila-Puka/aténula-lunga/maana-kawa/waténuka./

Eul le proverbe n°8 contient trois mots deux avec l’assonance/a/:/fuka/lyahénya,. La partie II, par contre, présente plusieurs proverbes à trois mots, les n°2-3 et 8. Remarquons en outre que le proverbe n°1 contient l’allitération/s/ dans walisawila, Ce son/s/ étant une imitation du gazouillis de l’oiseau.

Dans les proverbes n°1-4-5 et 6, les éléments syntagmatiques binaires se contrebalancent :

N°1 Kajila walisaswila/keshi caswa

N°4 Kathuthu wahola/mwe wasumana

N°5  Lunga maana/hi : cizundamoko

N°6 Mukishi haze/mukaci muthu

Par contre le proverbe n°8, présente une structure ternaire :

Fuka lyiahénya hâze/mukaci muthu hanapolo

 

2.3. Éléments de la chaine syntagmatique

         Ce petit corpus de huit proverbes nous permet de classer les unités syntagmatiques selon différentes dimensions :

Les dimensions de la phrase

Présence des verbes conjugués

Le N°1 : Kajila walisaswila keshi caswa

Le n° 2 : Puka atémuka éé alîla uci

Le n° 3 : Wunji wa sonde, akwo keshi mazo

Le n°4: Kathuthu wahola  mwe wasumana

Le n° 7: Kawa waténuka  keshi kusumana

Le n°8: Fuka yahénya haze mukaci muthu hanapolo

Seuls les n°1 et 7 ont un équilibre binaire, particulièrement le n°7.

Kawa watenuka keshi kusumana

Les dimensions de la proposition

Présence d’un verbe sous – entendu

Le n°5 : Lunga maana hi cizundamoko

Les dimensions de la proposition sans verbe

Le n°6 : Mukishi haze, mukaci muthu

 

2.3.1. Distribution syntagmatique

Nous désignerons les éléments ou mots de la phrase par le chiffre selon la disposition suivante :

verbe : 1

substantif : 2

adjectif : 3

autres mots : 4

Disposition

 

I

II

N°1

2                                   1

1                    2

N°2

2                                   1

1                    1        2

N°3

2                                   2

3                    1        2            

N°4

2                                   1

4                    1

N°5

2                                   2

4                    2

N°6

2                                   3

3                    2

N°7

2                                   1

4                     1

N°8

2                                   1            3

3                     2        1

         Il convient de constater que dans la deuxième partie, l’ordre des éléments  constitutifs est complètement interverti dans les proverbes n°1 – 6 et 8. Afin de passer à l’interprétation des proverbes, c'est-à-dire le passage du signifiant au signifié  du dénoté au connoté, examinons rapidement la nature des actants : animés (humains  ou animaux) et non animés, ainsi que leur  distribution dans les parallélismes ou les oppositions binaires.

 

I

II

N°1

Oiseau

Animé/animal

Ou A/a

Nid

Non/animé

N/A

N°2

Abeille : A/a

Miel : N/A

N°3

Fournis rouges : A/a

Dents (négation) : N/A

N°4

Insecte : A/a

Action = Ø

N°5

Homme : A/a

Taille : N/A

N°6

Masque : N/A

Homme : A/h

N°7

Chien : A/a

Action = Ø

N°8

Tombeau : N/A

Homme : A/h

 

A= aimé                         A/h = animé homme

N/A = non animé            A/a = animé – animal

Ø = action

         Nous constatons que sur les huit proverbes, six relèvent des animés dans le premier groupe et des non animés ou des actions dans le deuxième.

Il y a donc opposition entre les actants.

Ces indices sont – ils pertinents dans les proverbes cokwe ? L’Analyse va nous éclairer.

 

2.3. Analyse  sémiotique

 

         Il s’agira de passer du signifiant au signifié. Mais une question se pose : est – il possible, au plan sémantique, de découvrir un caractère commun à ces huit proverbes ? Vraisemblablement car leur thème en requiert au moins un, celui de l’apparence  et de la réalité.

         En concentrant l’attention sur les signifiants, on est frappé par le signe du « manque » dans deux proverbes, le « Keshi » : « n’a pas », dans les proverbes n°1 et n°3 et ce « manque » surprend dans la deuxième partie de l’opposition binaire du proverbe, car la première partie dénote une force, au moins en apparence : l’oiseau qui piaille - conséquence : cet oiseau n’a pas  de nid. Dans le n°3 : les fourmis rouges, selon leur signifiant, constituent un grand danger, mais un fait l’atténue, certaines d’entre elles n’ont pas de dents. Que connotent ces détails ? Que dit  la sagesse populaire cokwe ? Remarquons d’emblée que le n° I présente en général  ce qui est apparent et II, la deuxième partie, la réalité.

 

PROVERBE N°1 : Kajila wilisaswila keshi caswa.

L’oiseau qui piaille n’a pas de nid.

Traduction libre : l’oiseau tapageur n’a pas de nid.

Signification des signifiants :

L’oiseau qui piaille s’identifie à une personne qui parle beaucoup d’elle – même, un vantard.

Le nid signifie un « chez soi », une demeure. Ce proverbe s’emploie également  pour faire savoir à quelqu’un qu’on le prend au mot, qu’on le jugera à ses actes

Sens général : Souvent, le bon parleur ne réalise rien ou peu.

Applications

En général : Ce proverbe est lancé à celui qui est prodigue en paroles  et   pauvre en réalisation

En particulier : Ce proverbe est adressé à quelqu’un qui se vante de la   possession de ses biens (maison, voiture…),  qu’il ne possède   qu’en rêve.

 

PROVERBE N°3: Wunji wasonde akwo keshi mazo

                       Multitude de fournitures rouges, certaines n’ont pas de dents.

Parmi la multitude de fournis rouges, certaines manquent de pinces.

- Equivalent de multitude : le nombre, la quantité, l’abondance

Akwo : les autres, certains (amis) camarades. La multitude de fournis rouges désigne la masse, le groupe. Il s’agit donc d’élever d’individus ou de choses. Ne pas avoir de dents, c’est manqué de moyens efficaces de défense. C’est aussi pour une personne : manquer de qualité ou d’intelligence. Mieux vaut la qualité que la quantité.

En général : ce proverbe veut montrer que la qualité vaut plus que la quantit&eacu