Notre approche de la sexualité se voulant philosophique, nous parlerons de la sexualité sous un angle propre à la philosophie. Voilà pourquoi, dans un premier temps, nous nous appesantirons sur la sexualité comme dimension humaine faisant partie de la corporéité. Dans un second temps, nous ferons voir la présence de la violence dans la nature humaine. C’est à ce niveau que nous définirons la violence, que nous donnerons la typologie de la violence et que nous étalerons certaines théories et causes de la violence. Le troisième temps  de notre texte fera cas de la violence sexuelle face à la dignité humaine. Ainsi, il sera question de la phénoménologie de la violence et de la nature de la violence sexuelle. Le quatrième et dernier temps  de notre écrit sera consacré à un plaidoyer pour une éducation à l’humanité.

Louis MPALA Mbabula

 

Professeur à l’Université de Lubumbashi

et Directeur du Centre Universitaire de Kasumbalesa

 

APPROCHE PHILOSOPHIQUE DE LA VIOLENCE SEXUELLE

 

 

 

 

 

Conférence tenue à la Deuxième journée scientifique du Centre Universitaire de Kasumbalesa du 13 juin  2008


 

 

INTRODUCTION

 

        Parler de la violence sexuelle revient à remettre en question l’être humain. La sexualité étant une catégorie anthropologique, elle manifeste l’être humain. Celui-ci naît soit masculin soit féminin, et cela le marquera dans sa façon d’être.

            Notre approche de la sexualité se voulant philosophique, nous parlerons de la sexualité sous un angle propre à la philosophie. Voilà pourquoi, dans un premier temps, nous nous appesantirons sur la sexualité comme dimension humaine faisant partie de la corporéité. Dans un second temps, nous ferons voir la présence de la violence dans la nature humaine. C’est à ce niveau que nous définirons la violence, que nous donnerons la typologie de la violence et que nous étalerons certaines théories et causes de la violence. Le troisième temps  de notre texte fera cas de la violence sexuelle face à la dignité humaine. Ainsi, il sera question de la phénoménologie de la violence et de la nature de la violence sexuelle. Le quatrième et dernier temps  de notre écrit sera consacré à un plaidoyer pour une éducation à l’humanité.

 

            .           

1. LA SEXUALITE COMME DIMENSION HUMAINE

            Philosophiquement, la sexualité relève de la  Corporéité. Celle-ci est un  axe anthropologique ou dimension humaine.

            L’être humain est un être qui se comprend comme un être sexué. La sexualité fait partie de notre nature corporelle.

             C’est par son corps que l’homme se comprend comme un être sexué. La sexualité est une des manières d’être, d’exister de l’être humain, corps animé, corps sujet.

             Tout être gravit certaines étapes sur le plan sexuel selon Freud. Il y a la phase buccale période pendant laquelle le plaisir est à situer au niveau de la bouche. Puis vient la phase anale où le plaisir se place au niveau de l’anus et enfin la phase phallique où le plaisir s’expérimente au niveau des organes génitaux[1]. Chez l’homme la sexualité doit être liée à la liberté. La sexualité étant un langage du corps, une façon d’être, l’homme cherche à se réaliser. C’est donc pour le meilleur et pour le pire qu’on s’engage dans la sexualité.

             La sexualité est « un avènement d’une véritable relation entre sujets »25. L’autre ne doit pas être saisi comme un objet, mais comme le sujet de mon désir. C’est quelque chose qui arrive  dans des conditions requises, des conditions voulues. Il y a donc au départ un consentement. La sexualité est un lieu où les mensonges et la fourberie doivent être écartés. Nous avons à faire à une relation où personne d’entre les deux n’est pris comme un objet. Mais l’autre  est devant moi, et moi je ne suis pas lui. C’est pourquoi Platon dit qu’au début il existait un seul être. Et les dieux étaient obligés de le scinder en deux. C’est ainsi que nous avons une part masculine et une autre part féminine en nous. Alors quand il s’agit de faire les relations sexuelles, c’est une moitié qui vient rencontrer une autre moitié pour former un seul corps26. Ce que Platon dit, la Bible le dit aussi autrement : l’homme quittera son père et sa mère, et la femme quittera également son père et sa mère pour former un seul corps.

            Quand l’homme n’est pas là, il manque quelqu’un pour la femme et vice versa. Les   deux âmes ont le même soupir. Quand les deux âmes languit l’une après l’autre alors la rencontre ne peut qu’être authentique. Quand on dit « je ne peux pas ne passer de ta présence », « j’ai besoin de toi », « tu me manques », au même moment il faut dire : «  Je m’interdis de mettre ma main sur toi, et de te posséder comme on possède une chose. Non seulement je te respecte, mais je veux ta liberté »27. Ainsi, comprend-on que la sexualité doit être une manière d’être. On ne doit pas posséder l’autre comme une chemise

             La sexualité, dans toutes ses dimensions comme notre façon de nous comporter à coté de l’autre , est un langage du corps qui est plus que le corps  Quand les deux expriment leur amour, alors nous quittons même la dimension de la corporéité. Le corps dit plus que  le corps  lui –même. Quand les deux se tiennent la main par  (dans) la main   ce que la main veut exprimer est au delà   même  du corps. C’est pourquoi  quand deux personnes s’aiment  vraiment, même s’il arrive un accident  qui déforme le visage  de l’un, l’autre  continuera  toujours  à l’aimer. Même  si l’amour  commence avec le corps, mais il va au -delà  du corps. Même si le corps  est meurtri, handicapé,… on continue encore à aimer l’autre. Nous avons à faire à un langage du corps  qui  dit plus   que le corps. Cela est  vrai entre les deux  qui s’aiment.

            Aimer, c’est aussi une manière de montrer  que  sommes des humains. C’est pourquoi pour montrer  que nous sommes des humains, il nous faut arriver à humaniser  même à la sexualité. En d’autres  termes,  l’humanisation de  la sexualité  doit  nous permettre  de devenir  plus humains. L’amour  peut même faire d’un vieux  un jeune homme. C’est pourquoi  on voit un tel couple de vieux, qui se comporte  encore comme des jeunes. La vielle qui  met de rouge à lèvre  et un vieux qui met sa cravate  et tous deux sortent pou aller  se promener. Nous ne devons  pas , nous encore jeunes , nous moquer d’eux : «  Aka kazee  kanapenda tu  kuwa à la mode ,oh  aka nako aka  djachiriyake ».

            En dernier analyse, la sexualité  est une façon d’être. Elle  nous aide à être des hommes. Cette dimension de la sexualité est donc à soigner pour que nous devenions  plus humains.

            Que dire des homosexuels et des lesbiennes ? La  question embarrassante et complexe. Pour bien y répondre, il faut toujours situer  l’homme. Savoir aussi qui l’a initié à l’homosexualité. Cependant, pensons-nous, si la nature a voulu qu’il y’ ait un homme et une femme, ce que la sexualité en elle – même est une manière d’être  qui a aussi une  finalité  transcendant même la procréation.

Que dire des prostitué (e)s ? Dans la rencontre entre l’homme et une prostituée, il n’ y a pas de réalisation de soi. Car le (la) prostitué(e) en me voyant, pense  déjà à  l’argent et l’homme à satisfaire son besoin sexuel. Nous sommes dans un cadre  de profit de commerce. L’homme en  profite sexuellement  et la prostituée  en profite  économiquement. Car avant de commencer il faut vous entendre  sur le tarif. Donc, dès le point de départ, tout est faussé. Alors au lieu qu’il y’ait réalisation de soi il ‘y a destruction personnelle. La sexualité faisant partie de la dimension humaine de corporéité,  quant  nous disons sexualité, nous ne voyons pas directement  les rapports sexuels mais nous voyons cette façon de nous réaliser en  étant  avec l’autre. 

2. LA VIOLENCE  ET LA NATURE HUMAINE

2.1. Définition de la violence

            L’approche de la violence est pluridisciplinaire et problématique. Doit-on parler de la violence au singulier ou pluriel ? Ayant des visages multiples, la violence pose des problèmes quant à son origine et les moyens pour la combattre. Par ailleurs, il y a de nouvelles formes de violence.[2]

            Conscient de cet aspect, nous parlerons, à la fois,  de la violence au singulier et au pluriel.

            Pour la meilleure définition de la violence, il nous semble opportun de donner le critère. A notre humble avis, philosophiquement, tout acte serait caractérisé violent au regard des principes de respect de la vie, de l’intégrité et de la liberté des personnes.[3] Ce critère exclut de la liste les animaux[4].

            Par ailleurs, nous sommes conscient que la définition de la violence voudrait qu’un distinguo soit établi entre la violence et l’agressivité. Celle-ci, comme pulsion dynaamique, immobilise de l’énergie afin d’atteindre un objectif, et ce après avoir écarté tout obstacle. L’objectif atteint procure une  satisfaction qui ne contredit le critère ci haut cité. Pensons au sport et  à la compétition politique comme lieu d’agressivité. Même la concurrence économique régulée par le droit de la concurrence est une manifestation de l’agressivité. Cependant, la violence, comme pulsion, remet en question les  principes de respect de la vie, de l’intégrité et de la liberté des personnes. C’est à ce niveau que l’on peut poser la question de savoir si la violence est juste ou pas[5].

 

2.2.    Typologie de la violence

            De par ses multiples visages, la violence  est soit

Sexuelle quand un être humain impose à autrui des actes sexuels non désirés et ce , puisqu’on a conscience d’un ascendant d’ordre hiérarchique, parental , physique, psychologique, etc. sur l’autre ;

Conjugale lorsqu’un des conjoints impose son vouloir  sur l’autre et ce sans son consentement ;

Spéciste toutes les fois qu’elle est tournée contre une autre espèce comme les animaux ;

Educative quand elle est perpétrée  sur les enfants à des fins d’éducation ;

Sur soi-même lorsqu’on se prive de certains besoins et quand ses propres actes portent atteinte à soi-même ;

Froide  quand on  contraint «  directement ou indirectement (par exécutants interposés) autrui à entrer et demeurer dans une situation de souffrance (par exemple séquestration, déportation, extermination...) » [6] ;

 Symbolique quand elle est légitimée en vue de sauvegarder l’ordre social. Elle impose de facto une domination d’une catégorie des gens sur une autre et elle s’exerce avec le consentement implicite des dominés[7] ;

 Structurelle une fois qu’elle est provoquée ou exercée par les structures ou les institutions de la société. En effet, elle empêche les membres de la dite société de se réaliser[8] ;

Mystique quand elle provient d’un être invisible et dont les traces sont visibles[9].

            Il sied de signaler que notre typologie n’est pas exhaustive.

            Comme l’être humain voudrait comprendre ce qui lui arrive, il a fait de la violence un objet de ses recherches. Ainsi on trouve plusieurs approches de la violence.

 

2.3.    Théories  et causes de la violence

 

            Il y a plusieurs théories de la violence et chacune d’elle essaie de donner les causes de la violence. Nous passerons en revue quelques théories tout en les appréciant.

 

2.3.1.      Théorie de la psychologique

            Cette théorie explique la violence  à partir du refoulement. Pour Freud et ses épigones, le fait de refouler le désir dans l’inconscient  crée de la  répression. La frustration qui s’en suit provoquera un jour une explosion émotionnelle de la violence. Les traumatismes subis durant l’enfance sont aussi source de la violence.

            Par ailleurs, cette théorie psychologique recourt aux deux pulsions, à savoir la pulsion de vie, Eros,  et la pulsion de mort, Thanatos, pour expliquer l’origine de la violence. Autrement dit, la vie psychique de l’homme n’est qu’une oscillation entre ces deux pulsions. Ainsi, le sadisme  sera compris comme un comportement contenant à la fois la pulsion de vie (recherche du plaisir) et la pulsion du mort (volonté de négation, de destruction). Dans cette optique, le  masochisme est aussi à la fois recherche du plaisir et volonté de destruction.

         Prise à la lettre, cette théorie montre que la violence est biologique, consubstantielle à la vie psychique, et de ce fait, la violence dans l’homme ne peut pas être éradiquée. L’homme ne peut pas être libéré de la violence qu’il porte en lui. Cette théorie est réfutée par  Le manifeste de Séville sur la violence (1986) qui stipule, entre autres, qu’ « il est scientifiquement incorrect de dire que la guerre [la violence] est un phénomène instinctif ou répond à un mobile unique » [10]. La violence n’est pas une fatalité biologique.

            En outre, nous nous posons la question de savoir  le statut épistémologique des concepts comme ceux de « pulsion de vie » ou de « pulsion de mort. Faut-il vraiment leur concéder une existence propre ou sont-ils des produits de l’esprit, forgés en vue de soutenir une théorie ? Freud ne succombe-t-il pas à une tendance à fabriquer des entités mythiques pour expliquer un problème, qui lui est bel et bien réel ? La théorie du refoulement et celle des pulsions de vie et de mort   suffisent-elles  pour rendre compte de la violence?

2.3.2. Théorie de la société patriarcale

            Cette théorie trouve la source de la violence dans la société patriarcale où les hommes sont préparés pour occuper un rôle dominant  et ils s’y préparent par la force  voire même par la violence.

            Cette théorie semble passer sous silence la violence faite par les femmes sur les hommes et sur les autres femmes.

2.3.3.      Théorie de l’apprentissage sexué

            La théorie se l’apprentissage sexué soutient que la cause de la violence tient à la façon dont on éduque les garçons et les filles. Les premiers sont éduqués pour avoir des comportements d’affirmation de soi et d’agressivité et les dernières pour acquérir un caractère prédisposant au service d’autrui, à la résolution des conflits , à soigner, à cuisiner et à bien tenir la maison, etc.

            Cette théorie ne prend pas en compte la notion de personnalité. L’éducation prédisposant à jouer le rôle selon son sexe ne fabrique pas la personnalité, car l’être humain ne peut pas être programmé sur toute la ligne.

2.3.4. Théorie de l’apprentissage social[11]

            D’après cette théorie, la cause de la violence provient de l’observation et de l’imitation.

            Cette théorie semble ignorer que le témoin de la violence n’est pas déterminé à imiter la violence ; au contraire il peut opter pour un autre modèle.

2.3.4.      Théorie de la culture de la violence

            Cette théorie pointe la culture de la violence comme cause de la violence. Les films que les télévisions montrent, font souvent l’apologie de la violence et les jeunes les apprécient souvent. La violence devient un fait banal.

            Notre culture n’est pas faite que de la violence. Il y a aussi des héros de la charité, de la bienfaisance, etc. Autrement dit, les jeunes croisent sur leurs chemins plusieurs modèles à imiter.

2.3.5.      Théorie de l’injustice sociale

            L’injustice sociale est à la base de la violence, nous dit cette théorie. Quand certaines personnes se sentent exclues de la société, et ce suite à certaines inégalités et à cause d’une mauvaise répartition des biens, elles n’hésitent pas à se faire entendre par la violence. L’injustice sociale engendre la pauvreté, le chômage, etc. L’on pense  que la disparition de l’injustice sociale endiguerait la violence.

            La violence n’est pas le monopole des « exclus » de la société. Elle est dans toutes les couches de la société, y compris chez les riches. Nous pensons que la manière de penser, celle de concevoir le monde,  peut engendrer la violence.

 

 

2.3.6.      Théorie du manque de sens de la vie[12]

            Selon cette théorie, le fait de ne pas trouver le sens à la vie engendre la violence.         Cette théorie ne tient pas compte de la volonté de l’homme à voir la vie sous un nouveau soleil malgré les vicissitudes existentielles.

2.3.7. Théorie de la non-reconnaissance de soi et le complexe de supériorité

            La non-reconnaissance de soi est aussi à la source de la violence. Se sentant méconnu, on veut se faire connaître par la violence.

            Par ailleurs, le complexe de supériorité, i.e. la manière dont chacun se juge comparativement aux autres, provoque la violence. La certitude  de valoir plus que les autres est source de violence, car on se convainc que l’on a le droit d’être violent.

            La non-reconnaissance de soi et le complexe de supériorité ne conduisent pas nécessairement à la violence. Tout dépend de l’état mental de l’homme .

2.3.7.      Théorie  de l’éducation familiale

            Les conditions éducatives dont la soumission aveugle à l’autorité peuvent mener à la genèse d’une personnalité encline à la violence[13].

            Cette théorie sous-estime l’influence d’autres cadres d’éducation dont la rue, l’école, etc. A un moment donné, l’homme  est capable de renoncer au modèle d’éducation familiale.

2.3.8.      Théorie de la provocation faite par les femmes[14]

            S’agissant de la violence sexuelle faite à la femme, cette théorie impute aux femmes la violence dont elles sont victimes. Certains comportements des femmes (femmes « bipeuses », femmes injurieuses, la consommation exagérée de l’alcool, la hantise de l’argent facile, la fréquentation des milieux insolites, la manière de s’habiller, etc.) sont à l’origine de la violence.

            Cette théorie insinue que l’homme est un être qui se maîtrise difficilement du point de vue sexuel. S’il en était ainsi, les violences sexuelles se passeraient en plein jour et publiquement, car c’est à chaque passage de la femme que certains comportements fustigés se donnent libre cours.

2.3.8. Théorie de la possession démoniaque

            La possession démoniaque est aussi pointée comme source de la violence, surtout quand elle est gratuite, sacrificielle et rituelle.

            Soulignons qu’il y a de nouvelles formes de violences (comme le stalking [harcèlement, persécution], le cyberstalking [harcèlement, persécution par l'Internet] ou (aux Etats-Unis) le fait pour des bandes de filles d'inciter des garçons à violer d'autres[15]) pour lesquelles il nous faut de nouvelles théories.

            Tout en sachant que la liste des théories n’est pas exhaustive, nous pensons que chaque théorie ne voit qu’une face de la violence. Ceci étant, il faudrait regarder attentivement chaque situation de violence et chaque individu agresseur et agressé pour découvrir les causes spécifiques de chaque cas

3. LA VIOLENCE SEXUELLE FACE A LA DIGNITE HUMAINE

            Selon nous, il y a  violence sexuelle  quand un être humain impose à autrui des actes sexuels non désirés et ce, puisqu’on a conscience d’un ascendant d’ordre hiérarchique, parental, physique, psychologique, etc. sur l’autre. Ceci nous conduit à parler de la phénoménologie de la violence.

3.1. Phénoménologie de la violence [16]et nature de la violence sexuelle

    Posée par un être humain supposé sain mentalement,  la violence sexuelle a une origine intentionnelle, i.e. elle provient de la conscience, connaissance de soi. Elle est une intention de nuire dirigée vers un objet qu’elle veut détruire : en effet, puisqu’il n’ y a pas de consentement de l’autre, la violence sexuelle nuit autrui que l’on veut posséder comme un objet. Quand bien même cet acte violent procurerait un certain plaisir qui ne dure qu’un instant, il y a la haine qui précède cet acte. Par ailleurs, la haine de soi-même intervient à la fin. Car, par sa conscience, on  finit par ne plus supporter et se supporter, et on cherche à se détruire. Comme cela ne peut pas avoir lieu, illico, on trouve son salut dans la fuite. On mieux, on cherche comment se disculper avant que l’acte ne soit dénoncé aux instances judiciaires. Il aura besoin du pardon pour lever sa culpabilité.

    Derrière la violence sexuelle vers autrui il y a l’impatience du désir sexuel supportant mal les obstacles. La violence sur l’autre contient une impatience parce qu’elle participe du caractère prédateur du désir. A dire vrai  ce qui est obtenu par la violence demeure sans valeur : ce n’est pas en violant une femme que l’on obtient son amour. Et comme la violence viole le consentement de l’autre, la violence sexuelle brise, dans sa manifestation, l’unité de la relation avec l’autre. L’unité se transforme en dualité et cela crée le conflit. Ce qui est fondé sur le terrain de l’unité, c’est la possibilité d’une reconnaissance mutuelle, d’une entente, d’un respect mutuel. En brisant la relation, la violence détruit ce qui rend possible une communication. En effet, la sexualité comme catégorie anthropologique est communication quand elle se réalise dans des conditions de respect de soi, de don de soi pour la réalisation humaine réciproque.   Qui dit communication dit : mise en commun, relation qui s’établit, cela veut dire aussi  terrain commun où l’on se retrouve à plusieurs pour être plus. Cependant, quand la violence intervient  le rapport avec autrui est faussé et à ce titre, le violent se retrouve seul avec sa violence. Le violent se referme sur lui-même, se coupe des autres et se retourne contre soi-même. Il met en cause et sa dignité et celle de l’autre.

   Dans sa manifestation, la violence est à voir  et comprendre comme ayant son origine dans la pensée et dans les sentiments ; elle est un produit de notre propre pensée et de nos sentiments. La compréhension du processus de la violence, nous fait appréhender l’être humain comme un être à la fois raison et sentiment. Voilà pourquoi l’ajustement de ces deux dimensions s’avère nécessaire. Il y va de la dignité humaine.

 

 

4. POUR UNE EDUCATION A L’HUMANITE

 

            Platon disait que le philosophe vieillit en apprenant. Mutatis mutandis, nous disons que tout être humain doit vieillir en apprenant. Ceci justifie le concept d’éducation permanente.

 

            4.1. Essence de l’éducation

 

Il existe plusieurs définitions du mot éducation. Sans rejeter la définition étymologique, cependant la définition que Mahatma Gandhi nous livre nous semble plus opportune: "La vraie éducation, dit-il, consiste à faire venir à la lumière le meilleur d'une personne"[17]. Qu'est-ce qu'il y a de  meilleur dans une personne? A notre humble avis, c'est l'aspiration à devenir plus, à être plus tout en étant mieux qui soit le meilleur dans une personne. Cette approche gandhienne a l'avantage de ne pas réserver l'éducation aux enfants,  mais de l'étendre à tous les êtres humains, tout âge confondu. S’il en est ainsi, l’homme doit voir en la sexualité une dimension humaine pouvant l’aider à devenir meilleur. Voilà pourquoi, l’éducation doit s’occuper de l’homme dans son intégralité.

 

4.2. Education à l’humanité

 

Cette éducation prend en compte tous les aspects de l’être humain et se donne comme objectif celui de rendre humain tout être humain.

            L'homme, de par sa nature, est un être sexué et il ne peut se réaliser que dans une société où la sexualité est comprise comme la manifestation de soi, de l’humanité. Pour assumer sa sexualité, l’homme, pour réaliser son aspiration à être plus , aura à être éduqué à être un être-de-responsabilité-et- d'engagement. Dans le contexte africain, on fera même appel à certains proverbes. En outre, on éduquera l’être humain à être un        Etre-pour-le-bonheur-et-la-liberté, et de ce fait, on lui apprendra à ne pas accepter "d'être traité totalement et uniquement comme l'objet du fonctionnement ou de l'accomplissement des buts d'une autre"[18], à moins d'être un moi-servile. 

            Ainsi, pour que l’être humain se convainque, et ce dès l’enfance, que la violence sexuelle nie l’humanité en lui et en l’autre, on l’invitera à gérer sa nature raisonnable et sentimentale en injectant en lui l’importance de la honte dans les relations humaines et le sens de l’honneur et du respect mutuel tout en lui inculquant l’important des mots merci et pardon. Cela fait partie de l’éducation à la conscience et à l’autocritique.

            Par ailleurs, tout éducation à l’humanité donnera le vrai sens du corps et au corps en vue d’avoir une sexualité adulte. De ce fait, on invitera l’être, dès son enfance jusqu’à la vieillesse, à s’installer dans le royaume du corps- sujet et à ne pas élire domicile dans  celui du corps- objet. Dans ce dernier, la sexualité se rabaisse au rang de marchandise et ceci explique la présence des transvertis. Le culte du corps, nouveau nom du narcissisme, est aussi une manière d’être qui rend moins humain même si les publicités disent le contraire. Cette culture remodèle et les mentalités et les valeurs d’une société. Il suffit de voir comment nos sœurs et certains hommes sont inséparables de leur miroir pour comprendre que nous vivions dans une société où l’image de marque, le look sont des mots clefs. Nous vivons dans le PARAITRE, l’artificiel et les critères d’appréciation en dépendent. Le phénomène miss  en dit plus. Il y a des filles et des hommes qui rationalisent le manger en vue  de garder la ligne. On cherche à rendre au corps ce qui lui est dû. D’où le maquillage, l’utilisation abusive du parfum, etc. Nous disons qu’il est bon que chacun de nous sache qu’il est corps et non qu’il a un corps. Il doit donc y avoir identité entre le « il » et le corps : toucher le corps signifie  toucher monsieur « il ».

Cela étant, il sera facile de faire comprendre à l’être humain que tout parole ayant trait à la sexualité doit être utilisé avec précaution. Quand on dit à une  fille  « je t’aime », on doit peser sur la balance de l’amour  ses paroles.

Une telle éducation est, par elle-même, préventive. Elle inculquera  en l’être humaines certaines valeurs dont l’amour du prochain, le respect d’autrui, le discernement du bien et du mal et proposera à l’être humain le sens de la vie et la valeur de la vie humaine. Autrement dit, cette éducation à la vie, invitera l’être humain à la maîtrise de soi, préalable à l’éducation à la non-violence[19].


 

           

CONCLUSION

 

 

            Notre texte se voulait une approche philosophique de la violence sexuelle.

            La sexualité est une catégorie anthropologique, car elle fait partie de la dimension humaine.La violence sexuelle ne peut être appréhendée que si elle est abordée sous ses différentes formes et il faut tenir compte de toutes les explications, car l’homme reste , en dernière analyse, un mystère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


DISCOURS DU CHEF DE CITE

Monsieur le Directeur du Centre Universitaire de Kasumbalesa, Extension de  

L’Université de Lubumbashi

Monsieur le Secrétaire Académique,

Monsieur le Secrétaire Administratif et Financier,

Révérends Pères,

Messieurs les Enseignants,

Mesdames et Messieurs,

Chers Etudiantes et Etudiants,

J’ai l’insigne honneur de me présenter devant vous pour la Deuxième Journée scientifique qu’organise le Centre Universitaire de Kasumbalesa, Extension de l’Université de Lubumbashi.

Le thème choisi, à savoir VIOLENCE SEXUELLE, est d’une importance capitale, car chacune et chacun de nous sera convié à lutter contre ce fléau.

Les différentes communications qui seront présentées permettront à chacune et chacun de nous à prendre position contre ce fléau et nous serviront de guide pour apprécier tout acte qui sera déclaré violence sexuelle.

 Le philosophe, le médecin, les juristes, les défenseurs des droits humains et d’autres éminents chercheurs sont venus pour nous éclairer scientifiquement et pour nous informer afin que nous puissions, chacune et chacun à son niveau,à être à même de comprendre les causes de la violences sexuelles ainsi que ses conséquences physiques, psychologiques et morales sur la victime.

Voilà pourquoi, je passe la parole aux orateurs en déclarant ouverture  la Deuxième Journée scientifique du Centre Universitaire de Kasumbalesa, Extension de l’Université de Lubumbashi.

J’ai et je vous remercie.

                                                   Chef de Cité KABULO Kina Bajika Félix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Cf. S. FREUD ou DACO, Triomphe de la psychanalyse……

25 J-P. MENSIOR, Chemins dd’humanisation. Essai d’anthropologie chrétienne,  Bruxelles, 1998, p.41.

26 Cf.  PLATON, le Banquet,

27 J-P. MENSIOR, o.c., p.41-42.

[2]   Symposium international : « La violence et ses causes : où en sommes-nous ? » [en ligne]

http://portal.unesco.org/shs/fr/ev.php- (page consultée le 12/05/2008).

[4] Le contexte ne nous permet pas de parler de la violence vis-à-vis des animaux. C’est un autre débat qui a aussi son sens d’être.

[5] Le débat sur ce sujet est houleux, car il faut savoir à quel niveau peut-on sacrifier la vie, l’intégrité et la liberté des personnes.

[6] Violence  [en ligne]  http://fr.wikipedia.org/wiki/Violence (page consultée le 12/05/2008)

 

 

[7] CF.  P. BOURDIEU et J.-.C. PASSERON, La Reproduction : éléments d'une théorie du système d'enseignement, Paris, Minuit, 1970.

[8]Comme exemple, on peut citer l’institutionnalisation de l’ethnocentrisme, du racisme, etc.

[9] Nous y reviendrons quand nous parlerons des causes de la violence.

[10] La violence n’est pas une loi de la nature!Le manifeste de Séville sur la violence (1986) (Horizons et débats, numéro 24, février 2004) [en ligne] http://www.horizons-et-debats.ch/24/24_04.htm (page consultée le 18/05/2008).

[11] Profil des protagonistes [en ligne]
http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/9900/bin58/profvc.htm ( page consultée le 25/05/2008)
 

 

[12] Cf. Miller, W. B. (1958). Lower class culture as a generating milieu of gang delinquency. Journal of Social Issues 14, 5–19.
Lips, E. (1994). Gewalt bei Jugendlichen. Kriminalistik 48 (6), 423–428.

[13] Cf. Lips, E. (1994), Gewalt bei Jugendlichen. Kriminalistik 48 (6), 423–428.

[14] Cf. J. MUKANIRWA (dir), Guide de sensibilisation contre les violences faites aux femmes de la République Démocratique du Congo, Kinshasa, Mars 2007.

[15] UWE FÜLLGRABEU,  Les fausses théories qui mènent à la violence: Nécessité de connaître les processus psychologiques pour la prévention

 

[16] Violence et nature humaine [en ligne]

 http://sergecar.club.fr/cours/violenc2.htm (page consultée le 23/05/2008).

 

 

[17] M.K. GANDHI, Antiche come le montagne, Milano, 1983, p.203

[18] L'éducation à la citoyenneté, [en ligne]  www.ulg.ac.be

[19] Gandhi, à la suite des maîtres hindous et de Jésus, a fait de la non-violence une théorie et une pratique.