Professeur Abbé Louis Mpala

samedi 2 septembre 2017

De prime abord, nous signalons que la démocratie est une affaire d'hommes. Elle n'est pas un cadeau à offrir ou à recevoir sur un plateau d'or. Projet, la démocratie l'est. Elle n'est pas un "déjà-là", elle est un "pas- encore", i.e. une conquête. Autrement dit, partout où elle semble être un modus vivendi, elle est en-deçà de ce qu'on attend d'elle. Ceci ne peut surprendre pour la simple raison que la démocratie ne peut être que ce que les hommes sont et veulent être. A ce niveau, nous émettons à la même onde qu’Anne Baudart pour qui « les hommes – individus et peuples – ont le choix de régresser ou de progresser, de choisir la liberté ou la servitude, les lumières ou la barbarie. Leur démocratie sera ce qu’ils en feront. Elle sera leur œuvre et à leur image : chemin de leur libération ou de leur aliénation »[1].



[1] A. BAUDART , Qu’est-ce que la démocratie, Paris, Vrin, 2005 , p.71.

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L’essai Mode et célébration du présent du jeune philosophe Ignace Kabulo Mwaba suscite un débat de mise au point : peut-on parler de l’Afrique postmodernisée et hypermodernisée sans savoir si l’Afrique a été modernisée ?

le projet moderne fait de l’idée de progrès son levier pour tenir la promesse de l’émancipation de l’humanité. Cette émancipation exigera, par ailleurs, une remise en question des croyances et provoquera un déracinement culturel, une rupture d’avec la tradition. Ainsi, c’est un nouveau « vouloir vivre-ensemble », qui sera instauré.

Ce projet moderne créera ce que d’aucuns ont appelé l’évidence moderne qu’est l’unification,  la « Reductio ad unum »[1]. Cette unification ou universalisation s’observera dans tous les domaines, mais d’une manière schématique, elle sera particulièrement visible pour ce qui concerne le politique, le social, l’économique et l’idéologie.

C’est sous l’angle du projet moderne que l’idéologie de la colonisation qui se donnait une bonne conscience en voulant apporter la « civilisation » pourra être bien comprise.

 Mue par l’idéologie de la Reduction ad unum, celle de rendre le monde entier un, homogène, et ce  à partir de l’Occident, la colonisation travaillera pour  l’universalité des communautés, et cette fin justifiera tous les moyens qu’elle mettra en œuvre. Pour lui, il s’agira de l’émancipation  de l’humanité en partant du  culte du nouveau et de l’originalité, en inculquant l’idée de dépassement pour atteindre  le progrès. Ce dernier est à la source de la Civilisation qui se concrétisera dans plusieurs domaines (politique, social, économique, religieux). Ce sera le temps de Métarécits[2]. On  rasera les royaumes africains, on sapera l’autorité politique traditionnelle et l’école sera l’appareil étatique le plus puissant qui produira des « évolués » qui mangeront avec des fourchettes comme des Blancs, qui parleront comme des Blancs, s’habilleront comme des Blancs, se coifferont comme des Blancs, riront comme des Blancs, etc. Bref, les Blancs étaient (et sont encore ?) la mesure de toutes choses.



[1] COMTE, A., cité par MAFFESOLI, M., Notes sur la postmodernité. Le lieu fait lien suivi de La hauteur du quotidien. A propos de l’œuvre de Michel Maffesoli, Paris, 2003, p.21.

[2] Le concept de métarécit est de  J.-F. LYOTARD, La condition postmoderne, Paris, Flammarion, 1979.

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