Professeur Abbé Louis Mpala

lundi 22 juin 2015

A la suite de Platon pour qui le peuple grec est avide de savoir et le peuple égyptien avide de gain, certains philosophes sont parvenus à inventer le mythe du Miracle grec  et ont eu la fortune de trouver certaines personnes qui ont mordu à leur « invention ».  Ainsi  l’Eurocentrisme  a trouvé en eux les hérauts et la colonisation se fit une bonne conscience en apportant, selon elle, la civilisation aux peuples prélogiques qui  n’avaient fait, selon Hegel, « aucun pas dans l’histoire »[1] et qui vivaient, selon toujours Hegel, enveloppés «  dans la couleur noire de la nuit »[2]. Il s’agit des Africains sans doute.

 

 D’autres, se sentant infériorisés, méprisés, injuriés et « irrationalisés », ont levé le bouclier et sont partis en guerre contre l’eurocentrisme au nom de l’Afrocentrisme. Ils ont traité Platon et ses frères de plagiaires et des malhonnêtes intellectuels. Si Thalès, Pythagore, Platon et tutti quanti sont allés étudiés en Egypte  la philosophie et d’autres sciences, cela prouve à suffisance, argumentent-ils, que la philosophie est née en Afrique et plus précisément en Egypte. Ils ne sont pas loin d’un autre mythe, celui du Miracle égyptien. Ils ont aussi trouvé des gens pour croire en leur mythe et forment toute une armée d’intellectuels. Comme on peut le deviner, la philosophie est un champ de bataille d’idées où chaque groupe doit savoir prendre position.

 

Le temps est venu pour nous positionner à notre tour et pour crier haut et fort que la philosophie n’est née ni en Grèce ni en Egypte. Elle est née avec le premier homme et elle a l’âge de l’humanité et non du monde. De ce fait, nous prônons l’Homocentrisme.

 



[1] G.W.F. HEGEL, La philosophie de l’histoire, édition réalisée sous la direction de Myriam Bienenstock, traduction française de Myriam Bienenstock, Christophe Bouton, Jean-Michel Buée, Gilles Marmasse et David Wittmann, appareil critique de Norbert Waszek, Paris, Librairie générale française, 2009, p. 189.

[2] Cf. IDEM,  La raison dans l’histoire, Paris, Editions 10/18, Département d’Univers Poche, trad. K. Papaioannou, 1965 [en ligne] http://www.monde-diplomatique.fr/2007/HEGEL/15275 (page consultée le 20/10/2010).

 

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lundi 5 janvier 2009

Je ne voudrais pas appelé Smet l’Africain  pour avoir « fait surgir du néant une discipline philosophique : la philosophie africaine… » (page 105).La déclaration du professeur OKOLO me semble gratuite. Je crois que la philosophie africaine, même antique , a existé. Smet n’a pas fait surgir du « néant » la discipline philosophique appelée philosophie africaine ; il a contribué à l’essor et à la diffusion de cette philosophie et c’est à ce niveau que moi africain, je lui en suis gré et me décide de l’appeler Smet- l’A- fricain en répondant au vœu d’OKOLO  (page 106).

 

            La meilleure façon de rendre hommage à Smet pour avoir blanchi ses cheveux à lutter  et à diffuser la philosophie africaine, est celle de le nommer ou mieux de le baptiser, de son vivant,  Smet-l’Africain. Ce nom résumerait tous les témoignages que l’ont peu faire sur lui. Il y ba beaucoup de Smet et de Alfons Josef ; mais il  sera ou il est le seul Smet-l’Africain.

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Pour le reste, au nom de tous les étudiants, anciens et nouveaux que je représente timidement ici, je voudrais vous rassurer,  professeur Smet, de notre fidélité à votre idéal de chercheur que nous voudrions faire nôtre, à savoir chercher à promouvoir l’homme en le reconnaissant tel et en lui apprenant à se découvrir véritablement comme homme. Car tel nous semble votre  itinéraire philosophique :

 

1° affirmer l’humanité de l’homme africain à lui-même et aux autres,

 

2° lui en faire prendre conscience et

 

3° vivre de son humanité

 

                     Nous vous promettons d’aller en avant et de l’avant  car vos écrits nous servent de béquilles  pour bien marcher.

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dimanche 2 mars 2008

Comme les cyniques proposent « une thérapie radicale et une ascèse vertigineuse pour des résultats rapides »[1] , le premier front où il faut déconstruire les illusions est celui du soi (car « umuntu mutwe »). Il s’agira de « combattre toutes les formes de bovarysme »[2]. Ce  dernier est notre défaut qui faut que nous, les hommes, nous n’aimons pas qu’on pointe chez nous notre perpétuel acharnement à nous prendre pour autres que ce que nous sommes. Le Cynisme travaillera donc dans la cruauté en braquant la lumière sur ce qui fait mal, en fouillant et en creusant là où, ‘’pour sa défense, un être échafaude des fictions, fabrique des illusions’’[3]. Ces fictions et illusions font tomber les humains dans l’aliénation du valoir, du savoir et du pouvoir. Voilà qui explique pourquoi en R.D.Congo certains traitent de rêveurs, de moins malins, de ‘’YUMA’’, tous ceux qui ne courent pas après les richesses, les honneurs et les plaisirs (et dire qu’Epicure nous recommande de courir après les plaisirs naturels et nécessaires).


[1] Ib., p. 240
[2] Ib., p. 240. Nous soulignons. Le mot est de J. de Gaulier selon Miche Onfray.
[3] Ib., p.240.

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samedi 1 mars 2008

De  ce qui précède, l’on comprendra pourquoi j’ai intitulé mon étude critique «  Cabinets philosophiques «  ou «  Lumpen intelligentsia ». Dans le langage marxiste, le concept Lumpen désigne une pépinière  de voleurs et de criminels de toute espèce, individus sans métier, rôdeurs. C’est la couche des   « Lazare de la classe salariée », ce sont de va-nu-pieds et des clochards d’après Lénine. On parle alors de Lumpenproletariat. Pour mon cas, je veux suivre Roy qui a traduit Lumpen par « classe dangereuse »12 . Les philosophes conseillers sortant de l’I.P.P et siégeant dans les C.P constitueraient un Lumpen Intelligentsia très dangereux. C’est comme qui dirait un laboratoire socio-politico-économique  pour trouver les tactiques et stratégies afin de bien manipuler les gens. Ils sont plus dangereux que des dirigeants eux-mêmes. « Lazares de la classe dirigeante », ces philosophes formeraient une race pour être l’Elite dont on ne peut se passer. Cette même position la rendrait suspecte auprès des dirigeants. Ce Lumpen a la capacité de devenir le ferment de la révolution sociale s’il n’est pas déstabilisé à temps.



12 LABICA, G. et BENSUSSAN, G (dir), Dictionnaire critique du marxisme, deuxième édition refondue et augmentée, Paris, P.U.F., p. 672

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vendredi 22 février 2008

Le professeur Irung, dans la revue Zaire-Afrique du  novembre 1993, s’est posé la question articulée comme suit : « Quelle démocratie pour l’Afrique » ?  Je sais que toute question est suscitée et déterminée par une situation particulière. Tout le monde est sensé connaître cette situation.  Un peu partout en Afrique on veut la démocratisation, on ne veut plus les dictatures sous toutes leurs formes.

En lisant la question de « Quelle démocratie pour l’AfrIque », je me suis étonné, car les termes sont au singulier. Comment est-ce possible ? Y a-t-il une démocratie pour l’Afrique ? Si l’auteur reconnaît qu’il existe «  ( ) plusieurs modèles démocratiques » (démocratie directe ou représentative, démocratie concordante ou consentante, démocratie gouvernée, démocratie gouvernante à pouvoir clos ou à  pouvoir ouvert, démocratie fondée sur la règle de la majorité, démocratie participative, corporative, néocorporatiste, etc.) (p. 527), doit--il en ajoute une autre ? C’est son droit et il l’a fait. Mais pour l’Afrique faut-il une démocratie au singulier ? L’Afrique elle-même ne renferme-t-elle pas plusieurs afriques au miniscule ? Ne parle-t-on pas de l’Afrique noire, de l’Afrique subsaharienne, de l’Afrique blanche ? Que dire de l’Afrique  magrébine ?  De  quelle Afrique parle l’auteur ? Il ne le dit pas, puisqu’il ne s’est même pas posé cette question

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jeudi 21 février 2008

Le philosophe Mvumbi a toujours voulu répondre à la question qu’il formula clairement et distinctement en 1983 en ces termes : « Qui suis-je, moi qui dis : « Je suis, je pense ? » La réponse vint en la même année : l’homme est un être-donné et un être-à-faire. De tout ce qui précède, le philosophe Mvumbi dira, à qui veut l’entendre, que l’homme a une essence qui le constitue fondamentalement.[1] Laquelle ? L’homme,  répond-il, est un être essentiellement relationnel.[2] Qu’est-ce à dire ? La communication et la relation sont la dimension fondamentale, essentielle de l’être humain.[3] En d’autres termes, « l’homme se révèle comme une personne dirigée vers les autres personnes. »[4]  Ainsi, affirmera le philosophe Mvumbi, le Destin de l’homme est de « tendre vers une rencontre toujours plus réussie avec les autres. »[5] 



[1] Cfr MVUMBI NGOLU-TSASA, Libération et vision de l’homme, dans Philosophie et libération, Kinshasa, 1978, p.119.

[2]  Cfr ID. , De la thanatocratie à l’agapécratie. Pour une société zaïroise fondée sur l’amour , dans Démocratie au Zaïre : quelle démocratie ? dans Usawa 9-16 (1991-1994) p.128

[3]  Cfr ID.,  Libération et vision de l’homme authentique, dans L.c.,.p. 121 et 124.

[4]  ID.,  De la thanatocratie à l’agapécratie, dans L.c.. p. 128.

 

[5]Ib., p.130

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mercredi 13 février 2008

Mabasi, à travers son livre, essaie de répondre à des questions qu'il s'est posées dans l'introduction:

 

"Quelles sont dès lors, les tâches d'une philosophie africaine qui voudrait  pleinement être fille de son temps et assumer les exigences de cet âge de la science? Comment philosopher en Afrique au Seuil du 21è siècle, dans un contexte général où la science est devenue l'axe central de la culture et contrôle désormais l'économie des pays dits développés; un contexte où la recherche scientifique est l'élément intégré du développement                             et du progrès?"[1].  Je me demande si un philosophe  des Grands Lacs, des territoires occupés de la République Démocratique du Congo, de Sierrra leone, de Libéria, de Somalie pourrait se retrouver dans ce questionnement. Comme on peut le deviner, Mabasi est provocateur, et il l'est effectivement. Ne dit-il pas que "la seule prétention [ de ses questions ] est de soulever des interrogations sur ses prises de position qui pourraient paraître à certaines audacieuses [ réductionnistes pour moi Mpala], briser cette espèce de paix incompatible [à ce propos il a raison] avec l'esprit de la philosophie et relancer un débat dont l'absence devient dangereuse pour la vitalité de la philosophie africaine"[2] Ma critique est un débat, quitte à savoir si elle sera pour la vitalité de la philosophie africaine. Au lecteur et à l'homme averti de le dire. Ma réaction prouve que Mabasi a atteint son but, et non le moindre, à savoir susciter le débat. Oui, la philosophie, à mon humble avis, ne se réduit pas à des discussions, mais elle s'en nourrit.

 



[1] F.-B. MABASI BAKABANA, Science et philosophie en Afrique..., Louvain - La - Neuve, 2001, p.8.

[2] - Ib., p.8.

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